La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -294-Festival Odyssées en Yvelines 2022

Jamais dormir de Baptiste Amann

Jamais dormir de Baptiste Amann - Critique sortie  Sartrouville
Crédit : Laurent Teyssier Légende : l’auteur, comédien et metteur en scène, Baptiste Amann

Théâtre / conception et mise en scène Baptiste Amann / dès 8 ans

Entretien
Baptiste Amann

Publié le 25 novembre 2021 - N° 294

La pièce conçue dans le cadre du Festival Odyssées en Yvelines offre à son auteur, Baptiste Amann, l’opportunité de s’adresser pour la première fois au jeune public. Elle met en scène les mille et une vies d’une petite fille de huit ans, dont la débordante imagination nocturne pallie la souffrance diurne.

Comme en témoignent les créations dont vous êtes l’auteur au sein du Collectif, Institut de Recherche Menant à Rien (I.R.M.A.R), vous trouvez vos sources d’inspiration dramaturgique dans le réel. Cette démarche caractérise-t-elle également ce premier spectacle pour enfants ?

Baptiste Amann : Quand j’ai répondu favorablement à l’invitation de Sylvain Maurice, j’ai fait un pas de côté par rapport aux créations du Collectif. Les contraintes de cette commande –  une création adressée aux enfants de 8 à 15 ans, une petite forme pour un interprète, un espace restreint de représentation dans des lieux non équipés pour recevoir des spectacles – m’ont conduit à sortir des sentiers singuliers qui sont ceux de mon écriture au sein du Collectif. Dans l’envie qui était la mienne de poser le geste artistique le plus ajusté à la proposition, je me suis intensément investi dans ce projet de création. J’ai une petite fille de sept ans, j’avais envie de m’adresser à elle et, par ce biais, à toutes les petites filles. Il m’importait que cette adresse ne prenne pas la forme d’un texte écrit pour les enfants ; je voulais qu’il soit comme celui d’une enfant de huit ans. J’étais porté par cette interrogation : est-ce qu’il y a en moi une petite fille de huit ans qui va réussir à s’exprimer ?

« L’art des enfants pour la digression m’a inspiré. C’est ce que j’ai travaillé ; cette faculté qu’ils ont à en rajouter sans cesse. »

Par quels biais êtes-vous passé pour déployer le récit du point de vue de l’enfant, de cette petite fille de huit ans ?

B.A. : Il s’est agi, pour moi, d’accueillir cette petite fille pendant le temps de l’écriture dans l’espoir de parvenir à toucher, d’abord, celles qui ne seraient pas tout à fait à l’aise dans leur peau du fait de contextes difficiles. Pour contourner l’angoisse, la peine, la souffrance qui sont les siennes, mon personnage fictif élabore des stratégies affabulatrices, oniriques ; elle crée de la beauté. Frondeuse, espiègle, combative par rapport au réel qui l’écrase, elle déploie des trésors d’imagination pour habiter, dans ses odyssées mentales, des mondes dont elle est l’héroïne. Au départ, par rapport à l’ambition qui était le mienne, j’ai un peu navigué à vue. J’ai bien sûr réfléchi à ce qu’un père souhaiterait transmettre aujourd’hui à sa fille dans l’espoir qu’elle puisse accéder à son potentiel. Mais rien de volontariste. L’art des enfants pour la digression m’a inspiré. C’est ce que j’ai travaillé ; cette faculté qu’ils ont à en rajouter sans cesse. Je n’ai pas prémédité le récit ; je me suis aligné sur l’énorme mensonge initial de mon héroïne, qui déclare : « J’ai jamais dormi ».

« Pour contourner l’angoisse, la peine, la souffrance qui sont les siennes, mon personnage fictif élabore des stratégies affabulatrices. »

Pour incarner cette personnalité enfantine pleine de ressources vous avez choisi la comédienne Thalia Otmanetelba. Pourquoi ?

B.A. : Je l’ai rencontrée quand elle sortait de l’école du Théâtre National de Strasbourg grâce à Rémi Barché qui a mis beaucoup de mes pièces en scène. Elle entrait, notamment, dans la distribution de La truite, pièce créée en 2017. De cette collaboration, nous conservions elle et moi un très bon souvenir. Je savais qu’elle avait l’envergure nécessaire. Par-delà ses talents d’interprète, elle est aussi très engagée sur le terrain de la médiation culturelle. Les contraintes qui sont inhérentes au festival, se lever parfois tôt le matin, faire des kilomètres en voiture pour rejoindre le lieu de représentation, rencontrent la générosité de ses motivations artistiques. Par ailleurs, pour ce rôle, je ne souhaitais pas une actrice qui corresponde aux codes de la femme enfant. Je cherchais la comédienne qui soit susceptible de jouer la petite fille en racontant ces histoires à dormir debout en totale complicité avec les enfants. Elle est celle qui, sur le plateau, se fait l’expression de l’empathie que j’éprouve pour mon personnage, avec ce rapport à l’impertinence, à l’insolence que je cherchais pour incarner cette petite fille qui « déborde ».

Comment avez-vous pensé la scénographie de cette création dédiée à l’itinérance ?

B.A. : Le lit sert d’espace scénographique. Au plateau, la structure du lit se métamorphose en cabane, en bateau, en tipi, en tapis volant au gré de l’imagination de celle qui dit connaître le passage des mondes, être la sœur secrète d’un nuage …C’est d’abord par le langage, le talent de celle qui porte ce texte, que l’on accède aux mondes que mon héroïne fabrique.

 

Propos recueillis par Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens

A propos de l'événement

Jamais dormir

En décentralisation du 18 janvier au 19 mars 2022. Au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines les 29 et 31 janvier à 14h, du 1er au 4 février deux représentations par jour.


 


Festival Odyssées en Yvelines


du 17 janvier au 19 mars 2022.


Cité-Odyssées au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN


Place Jacques Brel, 78 500 Sartrouville.


Du 29 janvier 2022 au 4 février 2022.


Tél : 01 30 86 77 79.


Site dédié au festival : odyssees-yvelines.com


 


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