La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -294-Festival Odyssées en Yvelines 2022

Depuis que je suis né, de David Lescot

Depuis que je suis né, de David Lescot - Critique sortie  Sartrouville
David Lescot © Tristan Jeanne-Valès

Théâtre et musique / Texte, mise en scène et musique de David Lescot / dès 6 ans

Entretien
David Lescot

Publié le 25 novembre 2021 - N° 294

En mémorialiste de la prime enfance, David Lescot explore les événements qui marquent la vie, même quand on l’a à peine commencée, à travers l’autobiographie d’un garçonnet de six ans.

« Je ne cherche pas à apprendre des choses aux enfants, j’essaie plutôt de les amuser, de les captiver. »

Qui est le personnage principal de cette pièce ?

David Lescot : C’est un enfant de six ans qui vient d’apprendre à lire et à écrire et qui découvre que sa grand-mère est en train de rédiger ses mémoires. Il décide de faire la même chose qu’elle… Une fois résolu le premier et important problème du support sur lequel fixer ses souvenirs, il se lance ! Il commence évidemment par sa naissance puis passe en revue les étapes qui l’ont conduit jusqu’à ses six ans. Les jeux de la crèche ; l’acquisition du langage, en se demandant s’il a marché ou parlé en premier ; la question du lait, en y consacrant un passage très important. Il se souvient et répond à des questions fondamentales. Par exemple, pourquoi les bébés pleurent-ils ? Lui le sait et répond. Pourquoi ne peut-on pas revenir en arrière ? Autre question cruciale ! C’est une réflexion sur le temps, la mémoire, le passé. Les souvenirs des enfants m’intéressent et m’intriguent beaucoup. C’est quelque chose de très flou, d’assez mystérieux et de tout à fait passionnant. Mon fils dit se souvenir de son grand-père alors qu’il ne l’a pas connu…

« Je me suis identifié à un gosse de six ans, ce qui m’a demandé de chercher, d’essayer de trouver un langage. (…) Souvent on mime les enfants au rabais, ce qui est une erreur. »

La participation à Odyssées en Yvelines vous impose-t-elle des contraintes d’écriture ou de mise en scène ?

D.L. : C’est la deuxième fois que j’y participe comme auteur, et la première fois que je mets en scène un spectacle. On nous propose de choisir la tranche d’âge à laquelle on s’adresse. Puisqu’il faut pouvoir tourner dans des endroits qui ne sont pas équipés, comme des salles de classe, il faut se conformer à des contraintes matérielles, créer un objet tout terrain, mais j’aime beaucoup cela. On présente également une version pour le théâtre de Sartrouville lors du temps fort où tous les spectacles sont réunis, dans une ambiance d’ébullition très excitante.

Comment avez-vous conduit votre texte au plateau ?

D.L. : Avec la scénographe Alwyne de Dardel, nous avons imaginé une chambre idéale, tout en bois, où le lit se trouve dans une espèce de dôme, à la fois tente et igloo, comme les cabanes que les enfants construisent parfois. Il y a aussi des trappes pour se cacher et réapparaître. Louise Guillaume et Mirabelle Kalfon jouent le personnage en alternance. Confier ce rôle de petit garçon à une comédienne est une opération qui me plait beaucoup. Cela crée une distance, une stylisation mais aussi une justesse que je trouve passionnantes. Il y a chez ces deux comédiennes une espèce de jeunesse, une imagination de l’enfance qui se prête bien à ce que je voulais. Et ce sont de bonnes musiciennes, ce qui est essentiel car le personnage transforme ses souvenirs en chansons. Il joue de la musique avec des jouets musicaux, compose un chœur avec des poupées qui pleurent. Avec Antony Capelli, inventeur sonore grand spécialiste de l’électronique, nous avons imaginé un petit instrumentarium fait de jouets.

Comment écrire pour les enfants de six ans ?

D.L. : C’est la première fois que j’écris pour un public aussi jeune. Je me suis identifié à un gosse de six ans, ce qui m’a demandé de chercher, d’essayer de trouver un langage. J’ai beaucoup écouté les enfants de cet âge, ce qu’ils produisent comme pensée, ce qu’ils utilisent comme mots et comme tournures. Souvent on mime les enfants au rabais, ce qui est une erreur car leur langage est bien plus élaboré que ce que l’on croit. A vrai dire, je suis dans le même état quand j’écris pour les enfants que lorsque j’écris pour tout le monde. Je suis, pendant l’écriture, dans un état d’immersion. Il faut descendre sous l’eau : voilà l’image qui me vient. Ma démarche n’est pas pédagogique ou de surplomb. Je ne cherche pas à apprendre des choses aux enfants, j’essaie plutôt de les amuser, de les captiver. J’adore observer les enfants, reconnaître ce qu’ils éprouvent quand ils l’expriment. J’aime aussi beaucoup quand les enfants viennent voir les spectacles pour adultes. Ils constituent un public exigeant, sans snobisme ni codes d’écoute. Quand ils se mettent à rire, ils rient vraiment. J’espère que ce spectacle produira cet effet…

 

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Depuis que je suis né

En décentralisation du 18 janvier au 19 mars 2022. Au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines le 29 janvier à 16h, le 2 février à 11h et 17h.


 


Festival Odyssées en Yvelines


du 17 janvier au 19 mars 2022.


Cité-Odyssées au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN


Place Jacques Brel, 78 500 Sartrouville.


Du 29 janvier 2022 au 4 février 2022.


Tél : 01 30 86 77 79.


Site dédié au festival : odyssees-yvelines.com


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