La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -202-Maison de la Musique de Nanterre

Hommage à Frantz Fanon

Hommage à Frantz Fanon - Critique sortie Jazz / Musiques Aubervilliers Espace Renaudie d’Aubervilliers
Crédit photo : Mahrez Cherfa

Héritier du diwân de Biskra et fin connaisseur des musiques caraïbes, Camel Zekri soutient de ses notes la parole politique de Frantz Fanon en un spectacle dont il confie la partition textuelle à Sharif Andoura.

« Pestiféré ou inconnu, Fanon ne laisse pas indifférent. »

Pourquoi avoir choisi de travailler à partir des textes de Fanon ?

Camel Zekri : Je voulais marquer à ma manière le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, mais j’avais envie de trouver un axe original. Mon héritage tient à l’Algérie, puisque je suis issu d’une grande famille de musiciens de Biskra, et pendant dix ans, j’ai travaillé avec les musiciens antillais et fréquenté le milieu guadeloupéen et martiniquais. Frantz Fanon, Martiniquais que son existence et son combat pour la décolonisation ont mené en Algérie, s’est donc imposé de façon naturelle.

Comment expliquer que Fanon soit si peu connu en France ?

C. Z. : Il a été étiqueté au moment des événements d’Algérie, et on n’a pas su l’en détacher et comprendre le caractère universel des causes qu’il défendait. Les Américains ont mieux et plus vite compris qu’il théorisait la colonisation et la perception qu’en avaient les gens du Sud. On est écrasé par un seul point de vue, celui du Nord sur le Sud. Fanon a le mérite de modifier ce point de vue. D’ailleurs, le rejet dont il fait preuve prouve sans doute qu’il touche au vrai. Pestiféré ou inconnu, Fanon ne laisse pas indifférent.

Comment avez-vous procédé pour réaliser ce spectacle ?

C. Z. : J’ai choisi des extraits de son œuvre que j’ai envoyés à Thierry Bedard qui a retravaillé ce montage. Avec Sharif, nous avons travaillé en improvisation. La musique est en continu sur le texte, soit en direct, soit enregistrée. J’ai découvert, en travaillant, que Fanon dictait ses textes. C’est une écriture orale, très cohérente avec cette dimension de la parole qui existe dans les pays du Sud. Comme les griots, qui sont des historiens, Fanon raconte à sa façon l’Histoire, et moi j’y prends ma part en musique. Ses textes, qui ne sont pas théâtraux, prennent ainsi une autre dimension : on bascule dans le monde de la parole et de l’écoute. Il s’agit de faire entendre Fanon d’une autre manière. Nous autres musiciens savons que la musique permet d’entendre les paroles en passant par d’autres canaux mentaux.

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Camel Zekri
du Jeudi 8 novembre 2012 au Samedi 1 décembre 2012
Espace Renaudie d’Aubervilliers
30 Rue Lopez et Jules Martin, 93300 Aubervilliers
Le 8 novembre, à l’Espace Renaudie d’Aubervilliers. Tél. : 01 48 36 34 02. Du 29 novembre au 1er décembre à 20h30, à l’auditorium de la Maison de la musique de Nanterre.
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