La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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GUY PIERRE COULEAU

GUY PIERRE COULEAU - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 octobre 2010

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FORT D’UN PREMIER BILAN POSITIF ET DE L’ADHESION D’UN PUBLIC VIVACE ET CURIEUX, LE DIRECTEUR DE LA COMEDIE DE L’EST CREUSE LE SILLON DE L’EXIGENCE ET DU DEFI ET CULTIVE UN THEATRE PARTOUT ET POUR TOUS.

« Il se passe toujours quelque chose au théâtre. » Guy Pierre Couleau
 
Quel bilan tirer de votre première saison à la tête de la Comédie de l’est ?
Guy Pierre Couleau : Le bilan est très positif. Le nombre des spectateurs a augmenté, passant de 16150 en 2008-2009 à 19400 en 2009-2010. Le nombre des abonnements a progressé de 20 %. Il s’agit de deux indicateurs précieux qui montrent la volonté du public de soutenir nos projets. Très positif aussi le succès du réseau des petites formes jouées hors les murs. Et très encourageant le pari des séries de représentations sur certains spectacles et surtout sur les créations. Quand on programme un spectacle une ou deux fois, beaucoup de gens ne viennent pas et le regrettent trop tard. Même si ça a un coût, il faut jouer plusieurs fois. Mais pour y parvenir, on doit s’appuyer sur une économie de troupe : l’équipe artistique à demeure permet de réaliser cette permanence qui serait trop chère en accueil.
 
Voilà qui renforce votre décision d’installer une troupe d’acteurs dans cette maison.
G. P. C. : Au départ, l’idée d’installer une troupe était liée au fait qu’un centre dramatique doit être un lieu de création. Et la création suppose des acteurs ! On retrouve avec cette évidence ce qui aurait toujours dû être ! Je crois qu’il faut continuer la décentralisation en retrouvant les troupes dans les théâtres en régions. C’est ainsi qu’on peut créer une permanence d’artistes et, par conséquent aussi, répondre aux contraintes économiques. Une équipe de création diffère d’un projet de metteur en scène indépendant allant chercher des acteurs. Ici, il y a un ensemble artistique et je fais partie de cet ensemble. Trois spectacles sont créés cette saison avec le même groupe d’artistes. Notre dramaturge Guillaume Clayssen crée Les Bonnes. Mais je veux aussi que nous soyons ouverts à des artistes indépendants venus d’ailleurs, comme cette année Jean-Marc Eder. Nos acteurs sont aussi impliqués dans l’école du spectateur, qui est une part importante de notre mission. Je voudrais véhiculer l’idée qu’il se passe toujours quelque chose au théâtre. Ainsi en multipliant les représentations, une à 19h en petite salle et une autre à 20h30 en grande salle, avec l’idée qu’on peut voir l’une ou l’autre ou les deux.
 
Pourquoi le choix de Zinnie Harris, dont vous mettez en scène Hiver cette saison ?
G. P. C. : Zinnie Harris fait partie des auteurs majeurs d’aujourd’hui. Hiver, ce texte très épuré et très simple, est vraiment une bombe ! C’est l’histoire d’une femme qui recueille un enfant muet et tente de lui redonner la parole. Toute la pièce porte sur ce combat de la civilisation pour vaincre les effets de la barbarie. Cette femme apporte la parole par amour et cette lutte pour la parole est une lutte pour la paix. Cette pièce est très solaire, très positive même si ce n’est pas une comédie. On est dans une dramaturgie qui dépasse les pièces de guerre à la Bond et on y retrouve quelque chose de très simple comparable à ce que pose la tragédie antique. Cette pièce n’est pas du tout didactique ; son écriture très elliptique ne dit pas tout : elle laisse un espace vide dans lequel le spectateur peut insérer sa propre écriture mentale. Zinnie Harris l’a écrite au moment de la guerre en Afghanistan. On est clairement dans une dramaturgie d’après 11 septembre, comme à l’aube d’une proposition pour sauver notre espèce : en cela, elle n’est pas une pièce de guerre mais une pièce d’amour et c’est cela que je veux mettre en scène.
 
Vous montez également Le Pont de pierre et la peau d’images de Daniel Danis.
G. P. C. : Ce sera l’occasion d’une petite forme à peu d’acteurs pour un spectacle à jouer partout. La pièce aborde la question de l’enfance maltraitée : deux enfants vendus dans leurs pays se retrouvent chez le même trafiquant. C’est un texte profondément touchant, pudique, sobre et musical. Cette pièce permet d’aborder un sujet grave et d’évoquer un problème qui existe ici et maintenant, qui se passe chez nous et qu’on ne veut pas voir. En cela, adressée au jeune public, c’est aussi une pièce qui parle à tous.

Propos recueillis par Catherine Robert


Hiver, de Zinnie Harris, mise en scène de Guy Pierre Couleau. Du 16 novembre au 3 décembre 2010. Reprise au Théâtre de la Tempête, à Paris,
du 14 janvier au 13 février 2011.
Le Pont de pierres et la peau d’images, de
Daniel Danis, mise en scène de Guy Pierre Couleau.
Du 29 mars au 2 avril et du 12 au 15 avril 2011.

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