La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -221-Théâtre National de Chaillot / Saison 2014/2015

Entretien Didier Deschamps

Entretien Didier Deschamps - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre national de Chaillot
Légende : Didier Deschamps @Nicolas Krief

Publié le 28 mai 2014 - N° 221

Magnifier l’art et aider les artistes

Didier Deschamps, nommé à la tête du Théâtre National de Chaillot en 2011, revient sur les questions et les valeurs qui guident sa programmation. 

Le Théâtre National de Chaillot est un lieu chorégraphique de référence et il est aussi un port d’attache pour  plusieurs compagnies reconnues…

Didier Deschamps : J’en suis très heureux. Il me semble important de souligner l’importance de ces liens de fidélité sur le long terme : on a tendance aujourd’hui, en revendiquant le « soutien à l’émergence », qui est évidemment fondamental, à cesser de s’intéresser à un artiste dès qu’il est un tant soit peu identifié. C’est une attitude terrible, très violente pour beaucoup d’artistes. Elle conduit à opposer des générations, à considérer que les uns empêchent les jeunes d’émerger, au lieu de favoriser l’enrichissement et le partage. Nous affirmons au contraire que la responsabilité d’une institution est d’accompagner les artistes, quel que soit leur âge, aux différentes étapes de leur parcours.

Certaines de ces compagnies sont internationales…

D. D. : C’est le cas par exemple de la Batsheva Dance Company : je considère depuis longtemps Ohad Naharin comme l’un des chorégraphes majeurs de notre époque, c’est-à-dire un artiste qui a une oeuvre derrière lui, et également devant lui. Or, lorsque je suis arrivé à Chaillot, j’ai constaté qu’il n’avait pas été programmé à Paris depuis des années. Cela me semblait inouï : était-ce son esthétique qui dérangeait ? Des questions politiques, suscitant des réticences à accueillir une compagnie israélienne ? D’autres raisons encore… ? Le rencontrant à l’étranger, je lui ai dit combien je serais heureux de présenter son travail. J’ai fini par le convaincre de venir visiter le théâtre : il a admiré la salle Jean-Vilar, ce magnifique cube neutre qui ouvre, pour chacun des 1200 spectateurs, un rapport sensible entre la scène et la salle, avec une visibilité parfaite du premier au dernier rang… En 2013, la Batsheva Dance Company est venue présenter son travail, suscitant l’enthousiasme : toute leur équipe a mesuré la chaleur du public de Chaillot à cette occasion. Elle revient donc en décembre prochain, avec deux pièces : Naharin’s Virus, pièce de 2001 reprise cette année pour le jubilé de la compagnie, et Decadance Paris, une version renouvelée du chef-d’oeuvre Decadance, l’un des spectacles les plus demandés dans le monde… Avec cette nouvelle version, Ohad Naharin nous fait un vrai cadeau.

La programmation est marquée par la découverte approfondie, au fil des ans, de l’univers d’un artiste…

D. D. : La fidélité fonctionne dans les deux sens : ainsi, avec Study #3, nous accueillons William Forsythe pour la septième fois, or un artiste d’une telle notoriété est en mesure de choisir les théâtres dans lesquels il présente son travail. Il est, lui aussi, attentif à la qualité rare du rapport scène-salle, à ce lieu dans lequel il peut « rejouer » complètement sa partition au dernier moment, prendre des risques en sachant qu’il sera servi par l’espace. Il sait également qu’il est accompagné par les équipes de Chaillot, au niveau professionnel et humain, pour que chaque projet se déroule au mieux. Et il est sensible à l’histoire des arts scéniques et des politiques pour l’art : notre maison est emblématique de telles valeurs ; c’est aussi pour cela que les artistes s’y sentent bien. On peut également penser à Wajdi Mouawad, Denis Guénoun ou encore Philippe Decouflé, qui cette année présente Contact, une comédie musicale à sa façon : nous l’accompagnons depuis longtemps, notamment sur d’importantes coproductions – notre mission étant aussi de coproduire le travail d’artistes marquants. On pourra plonger dans ses sources d’inspiration et sa démarche lors d’une journée de rencontres et d’ateliers intégralement consacrée à son univers, dans le cadre de notre programme « L’Art d’être spectateur ».

« La responsabilité d’une institution est d’accompagner les artistes. »

Quel est l’impact des travaux de rénovation de la salle Firmin-Gémier sur la programmation ?

D. D. : Nous avons dû revoir légèrement à la baisse le nombre de spectacles ; en revanche, nous valorisons des séries plus longues pour les pièces programmées. Cette situation nous a aussi conduits à imaginer des solutions originales, comme le montage d’un théâtre éphémère dans le Grand Foyer. Nous avons décidé que quoi qu’il arrive, le théâtre resterait ouvert ! Pour faire vivre un lieu pareil, il faut un grain de déraison : cette période de travaux en fait partie…

 

Propos recueillis par Marie Chavanieux

 

Théâtre National de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, 75116 Paris. Tél. : 01 53 65 30 00.

Site : www.theatre-chaillot.fr

A propos de l'événement

Théâtre national de Chaillot
1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75116 Paris, France
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