La Terrasse

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DOMINIQUE PITOISET

DOMINIQUE PITOISET - Critique sortie Théâtre

UN THEATRE DE L’IMMEDIAT

DOMINIQUE PITOISET MET EN SCENE UNE NOUVELLE TRADUCTION DE QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF SIGNEE DANIEL LOAYZA. AUX COTES DE NADIA FABRIZIO, DEBORAH MARIQUE ET CYRIL TEXIER, LE DIRECTEUR DU THEATRE NATIONAL DE BORDEAUX EN AQUITAINE INTERPRETE LUI-MEME L’UN DES QUATRE PROTAGONISTES DE LA CELEBRE PIECE D’EDWARD ALBEE.

« La guerre aux mille facettes qui se joue dans le texte d’Edward Albee est encore et toujours actuelle. » Dominique Pitoiset
 
Qui a peur de Virginia Woolf est le premier volet d’une trilogie que vous souhaitez consacrer aux grands auteurs américains du xxe siècle. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’explorer ce nouveau territoire d’écriture ?
Dominique Pitoiset : Il y a eu, tout d’abord, l’envie de mettre en scène une pièce qui traite d’une crise morale sur fond de crise sociale. C’est ce qui m’a mené jusqu’à Qui a peur de Virginia Woolf. Suite à ce premier spectacle, j’ai créé Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller, qui sera présenté au Théâtre des Gémeaux la saison prochaine. Pour le troisième volet de ce cycle, j’hésite encore entre plusieurs textes… Cette trilogie correspond à une envie de découvrir un théâtre qui, de par ma formation et mon parcours, ne m’est pas familier : le théâtre de l’immédiat. J’entends par là un théâtre en prise direct avec le réel, qui n’a rien à voir avec une quelconque dramaturgie à étages. Un théâtre performant, qui se situe essentiellement dans le réactif, qui se joue très vite, comme une partie de ping-pong.
 
Quels aspects de Qui a peur de Virginia Woolf, la nouvelle traduction de Daniel Loayza éclaire-t-elle ?
D. P. : Le texte de Daniel Loayza respecte scrupuleusement la pièce d’Edward Albee. Il ne s’agit pas d’une adaptation, comme le sont les autres versions disponibles en langue française, mais d’une véritable traduction, qui permet de redécouvrir toutes les vertus du jeu immédiat dont je viens de parler. Daniel Loayza a créé une langue qui claque, avec des phrases très courtes, une langue de la lutte, une langue offensive, pleine d’ironie, truffée de références au cinéma et à l’histoire du théâtre. Je crois que, au-delà même du spectacle que je mets en scène, cette nouvelle traduction fera date.
 
De quelle façon avez-vous souhaité faire résonner, aujourd’hui, cette pièce écrite au début des années 1960 ?
D. P. : Qui a peur de Virginia Woolf est une pièce qui place face à face des visions du monde qui s’opposent. Les valeurs sur lesquelles le personnage de George (homme de lettres et du « passé ») a voulu fonder sa vie sont battues en brèche par le pragmatisme froid du jeune enseignant qu’il a invité chez lui (homme des sciences et de l’« avenir »). Tout cela résonne de façon évidente aujourd’hui. Bien sûr, les sujets se sont un peu déplacés par rapport au contexte de l’Amérique des années 1960, mais la guerre aux mille facettes qui se joue dans le texte d’Edward Albee est encore et toujours actuelle.
 
Quel cadre scénographique avez-vous imaginé pour ce spectacle ?
D. P. : J’ai élaboré un espace d’aujourd’hui. Un espace stylisé, avec des meubles design, comme un ring en verre au sein duquel les différentes confrontations des personnages apparaissent aussi coupantes et froides que le tranchant d’une vitre cassée. Un grand écran surplombe le plateau et présente, lors de deux intermèdes, une vidéo que j’ai filmée sur le campus de Bordeaux. A travers cette vidéo, on suit la déambulation de quelqu’un semblant chercher une « âme qui vive » dans une université vide… J’espère que, parallèlement aux aspects franchement caustiques, pinçants, de la pièce, tout cela générera une forme d’angoisse, de claustrophobie. J’aimerais qu’à la fin de la représentation, les spectateurs se rendent compte que la part d’humanité de cette fable ne se situe pas forcément là où on le pensait a priori…

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


Qui a peur de Virginia Woolf ?, d’Edward Albee
(texte français de Daniel Loayza) ; mise en scène
et scénographie Dominique Pitoiset.
Du 2 au 19 décembre 2010.

A propos de l'événement



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