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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -174-2e2m

Dmitri Kourliandski, compositeur en résidence

Dmitri Kourliandski, compositeur en résidence - Critique sortie Classique / Opéra
Légende photo : Dmitri Kourliandski, en résidence à 2e2m. Photo : DR

Musique objective

Né à Moscou en 1976, Dmitri Kourliandski succède à l’Allemand Enno Poppe comme compositeur en résidence auprès de l’ensemble 2e2m. Dès janvier, le public parisien pourra se familiariser avec ce jeune musicien, tenant d’une musique « objective ».

« Mes œuvres ne répondent à aucune dramaturgie narrative »
 
Quelle formation avez-vous suivie ?
Dmitri Kourliandski : J’ai commencé la composition à l’âge de vingt ans. Jusqu’alors, j’avais étudié la flûte à Moscou et à Paris avec Geneviève Amar. À la suite de problèmes physiques, je me suis orienté vers l’écriture, étudiant auprès de Leonid Bobylev au Conservatoire de Moscou. J’ai également suivi des master-classes de nombreux compositeurs tels Louis Andriessen, Martijn Padding, Bryan Ferneyhough et Philippe Leroux.
 
Comment définiriez-vous votre "univers musical" ?
D. K. : L’univers musical d’un compositeur est toujours complexe et contrasté. Je pourrais mentionner un grand nombre de personnalités et de tendances, depuis Guillaume de Machaut jusqu’à la « noise music ». Cette liste inclurait Mozart et Haydn, Berlioz et Bruckner, Stravinsky et Webern, Cage et Scelsi, Ligeti et Lachenmann, Benedict Mason et la musique improvisée. Cependant, ce sont les arts visuels, et plus particulièrement la sculpture cinétique, qui m’ont le plus fortement influencé. L’idée d’« objet cinétique » structure dans mon œuvre l’univers musical.
 
Cette idée de « cinétique » est-elle pour vous avant tout un élément de composition ou un processus que vous souhaitez donner à entendre à l’auditeur ?
D. K. : La plupart des sculptures cinétiques produisent des sons, même si là n’est pas leur but : ils sont la conséquence des mouvements de l’objet. Mais, souvent, ils créent d’extraordinaires espaces acoustiques. De la même façon, mes œuvres ne répondent à aucune dramaturgie narrative tout en étant rigoureusement structurées : la partition est une trame où chaque événement sonore a sa place. C’est pourquoi je définis ma recherche créatrice comme celle d’une « musique objective », qui, si elle minimise la subjectivité de l’interprétation, n’enlève cependant rien à la pluralité des significations et des perspectives pour l’auditeur.
 
Quel est le point de départ de vos compositions ?
D. K. : Une nouvelle pièce naît d’une question particulière, liée à ce qui me touche, ce qui me travaille à ce moment-là. Il peut s’agir d’une question technique ou, plus souvent, philosophique. J’essaie de saisir l’intensité, la « résistance » de la future pièce, son niveau de saturation, sa dynamique, le caractère de son mouvement… Ce n’est que lorsque je vois assez clairement la pièce dans son ensemble que je commence à composer le matériau – les sons, les techniques – qui me semblent lui convenir. La partition n’est fixée que lorsque je sais exactement quelle sera la dernière note.
 
On connaît peu, en France, la musique des compositeurs russes contemporains. Quel regard portez-vous sur la création musicale de votre pays ?
D. K. : La situation dans la Russie post-soviétique demeure très difficile. La musique en URSS était un élément de la machine idéologique. La musique contemporaine, notamment occidentale, était occultée. La littérature musicologique n’était pas traduite, les partitions nouvelles et les enregistrements étaient très peu accessibles. L’arrivée d’Internet dans les années 2000 a permis de combler ce fossé et, depuis, de nombreux jeunes compositeurs sont apparus ; ils commencent à être joués, à remporter des concours internationaux et recevoir des commandes d’ensembles européens. Mais il n’y a toujours pas de soutien institutionnel aux musiques nouvelles ni de budget pour les commandes. Il n’existe que trois ensembles spécialisés pour tout le pays, et dans la plupart des villes, on n’entend pas une note de musique contemporaine. Cela a conduit de nombreux compositeurs à émigrer.
 
Êtes-vous vous-même impliqué dans la vie musicale de Moscou ?
D. K. : J’essaie de changer les choses. En 2005, j’ai lancé le premier magazine dédié à la musique contemporaine, mais nous avons dû interrompre la publication, faute de soutien. La même année, nous avons lancé avec quelques compositeurs le groupe Structural Resistance (StRes), autour de projets qui ont eu un certain impact. Aujourd’hui, nous cherchons à promouvoir de jeunes compositeurs. Nous devons convaincre les gens que la musique contemporaine existe.
 
Que représente pour vous la résidence auprès de l’ensemble 2e2m ?
D. K. :
C’est avant tout l’occasion d’un travail rapproché et continu avec les musiciens. Il y a une grande différence entre collaborer sur un projet, sur une œuvre et mener un travail ensemble sur toute une année. Je connais bien 2e2m à travers leurs enregistrements, qui constituent une part importante de mon expérience d’auditeur. Je suis très heureux de pouvoir faire cette expérience de l’intérieur.
 
Propos recueillis par Jean-Guillaume Lebrun


 
Concerts les 12 et 14 janvier, 18 mars et 6 mai.

A propos de l'événement



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