La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -306-Maison de la Culture d’Amiens : l’excellence de la création contemporaine

Créer une relation de confiance et de proximité avec les publics, rencontre avec Laurent Dréano

Créer une relation de confiance et de proximité avec les publics, rencontre avec Laurent Dréano - Critique sortie  Amiens Maison de la Culture d’Amiens
Visuel Laurent Dréano (© DR) : Laurent Dréano, directeur de la MCA.

Entretien / Laurent Dréano

Publié le 17 décembre 2022 - N° 306

Directeur de la MCA depuis janvier 2018, Laurent Dréano inscrit son action à la fois dans la valorisation de l’héritage de la Scène nationale d’Amiens et dans l’invention d’un présent en prise directe avec la réalité de notre époque.

Quel est l’ADN de la MCA ?

Laurent Dréano : La MCA est une grande maison, à dimension nationale et internationale, qui s’attache à poursuivre l’ambition d’André Malraux : mettre à la disposition des habitantes et des habitants des territoires de l’Amiénois et, plus généralement, du Sud de la région Hauts-de-France, l’excellence de la création contemporaine. Cela, en développant la notion d’hospitalité, afin d’instaurer une relation de confiance et de proximité avec nos publics. Notre théâtre travaille sur l’accompagnement des artistes, notamment à travers des partenariats de production, mais aussi sur des programmes d’actions culturelles visant à faire de la MCA une maison toujours plus accessible et ouverte : avec l’idée qu’aujourd’hui il ne s’agit pas seulement de développer des politiques artistiques pour les habitantes et habitants, mais aussi avec elles et eux.

Quelle vision des arts vivants défendez-vous à la tête de cette maison ?

L.D. : En arrivant à Amiens, je savais que la MCA avait une position forte en termes de production, notamment à l’international. Mais les relations qui unissent cette maison à ses territoires s’étaient avec le temps un peu distendues, en particulier les coopérations avec d’autres structures culturelles, associatives ou éducatives… J’ai tout de suite eu l’ambition de réactiver ces partenariats, de faire en sorte que la MCA soit fédératrice d’initiatives locales, pas simplement en tant que vaisseau amiral, mais en tant que moteur de coopérations. C’est d’ailleurs l’un des points structurants de la façon dont j’envisage les temps forts de programmation que sont les festivals Amiens Europe / Feminist Futures (ndlr, du 23 au 27 janvier 2023) et Amiens Tout-monde (ndlr, du 31 mars au 7 avril 2023). Comme je l’ai dit, un autre élément fort de mon projet est la notion d’hospitalité. Je souhaite que la MCA, qui est perçue comme une institution, soit bien davantage un lieu d’échange et de partage avec les habitants, d’où le slogan « Ici chez vous », affiché à l’entrée de notre théâtre. Il ne s’agit pas d’une simple formule, mais d’un véritable engagement au quotidien. Ce slogan s’applique aussi bien aux artistes qu’aux personnes de passage, aux habitantes et habitants qu’aux différents partenaires de notre maison de la culture.

« L’accompagnement au long cours des artistes est, pour moi, une chose essentielle. »

La MCA est une maison grande ouverte aux artistes. Quels sont les différents types de relations et d’associations que vous avez imaginés avec les créatrices et créateurs ?

L.D. : De nombreux artistes présentent des spectacles à la MCA, parfois seulement pour une date. L’une de nos missions est de proposer une grande quantité de propositions théâtrales, d’expositions ou de films, car nous disposons d’un cinéma dans nos murs. Mais, au-delà de cette mission de diffusion, l’accompagnement au long cours des artistes est, pour moi, une chose essentielle, une chose qui implique de les connaître, d’être au plus proche de leurs besoins et de leurs attentes. Or, les artistes sont toutes et tous différents. Nous avons donc mis en place divers modes de relations, d’associations, d’accompagnements. Il y a des artistes que l’on suit en production déléguée, c’est-à-dire en assurant la production et la diffusion de leurs spectacles. Il y a aussi des relations qui sont conditionnées par des réalités géographiques. Par exemple, j’ai proposé à Vincent Fontano de devenir l’un de nos artistes compagnons en partie parce qu’il habite sur l’Ile de la Réunion. Nous essayons ainsi de résoudre certaines difficultés qui se présentent à lui du fait de son éloignement.

Vous avez également développé un programme de soutien aux artistes de la région Hauts-de-France intitulé Campus, en coopération avec Le Phénix – Scène nationale de Valenciennes…

L.D. : Oui. Campus est le fruit de notre envie de créer des partenariats à l’échelle de la région. Nous avons imaginé avec Le Phénix, qui comme la MCA est Pôle européen de création et de production, ce programme visant à accompagner ensemble des artistes à l’échelle nationale et internationale. On est beaucoup plus forts lorsqu’on mutualise nos moyens pour soutenir un artiste à plusieurs. Une autre forme de coopération est le réseau européen APAP (ndlr, Advancing Performing Arts Project) qui réunit onze institutions, dans onze pays différents, institutions qui partagent l’idée que la création artistique peut être le moteur de puissants changements dans nos sociétés, notamment par le biais des combats nés du féminisme intersectionnel. L’APAP a mis en place un projet intitulé Feminist Futures qui, de 2020 à 2024, donne la parole à des artistes pour qui les questions féministes sont importantes. Le féminisme est ici considéré au sens large, comme une force d’action qui englobe les questions environnementales, les luttes contre les discriminations, la reconnaissance des artistes afro-descendants… Travailler sur ces questions au niveau européen permet de confronter différentes visions et approches de ces sujets.

« Amiens Europe / Feminist Futures est l’occasion de réfléchir à la position des femmes et des minorités dans nos sociétés. »

Cet engagement international se concrétise dans votre programmation lors du Festival Amiens Europe / Feminist Futures. Pouvez-vous nous présenter cette manifestation ?

L.D. : Lorsque je suis arrivé à la MCA, il existait un temps fort de programmation autour d’artistes européens. Je l’ai fait évoluer pour créer le Festival Amiens Europe en proposant à nos partenaires du territoire amiénois d’y participer. Amiens Europe ne se déroule donc pas uniquement à la MCA, mais également à la Scène conventionnée Le Safran et à la Maison du Théâtre d’Amiens. J’ai ainsi souhaité que l’idée du croisement entre questions européennes et questions culturelles puisse être portée sur l’ensemble du territoire. Amiens Europe est un festival dédié à la mise en valeur d’artistes européens, consacrés ou émergents. Cela, en mettant en lumière le domaine de la performance et en défendant, à travers les projets présentés, les valeurs européennes de liberté et d’émancipation. Comme l’année dernière, l’édition 2023 porte le sous-titre Feminist Futures. Ce festival est en effet l’occasion de réfléchir à la position des femmes et des minorités dans nos sociétés. Nous veillons à ce que ces réflexions, comme celles liées à la problématique du handicap, ne soient pas traitées une fois dans l’année pour se donner bonne conscience, mais qu’elles s’expriment dans l’ensemble de notre programmation en orientant profondément notre façon de travailler. Le Festival Amiens Europe / Feminist Futures est l’occasion, pour les publics, de découvrir des artistes et de s’ouvrir à ces questions à travers des points de vue sensibles et singuliers.

Le Festival Amiens Tout-monde est, quant à lui, centré sur l’idée du métissage et des relations interculturelles…

L.D. : Oui. C’est un festival pluridisciplinaire qui accorde une place particulière à la musique et au jazz, discipline occupant depuis longtemps une place importante à la MCA, notamment à travers Label Bleu (ndlr, maison de disques de jazz et de musiques du monde fondée en 1986). Nous avons placé ce temps fort sous la bannière d’Édouard Glissant, car nous avions envie d’investir la notion de Tout-monde (ndlr, notion inventée par l’écrivain et philosophe né en Martinique), la notion d’archipel, de métissage. Amiens Tout-monde ouvre sur l’interculturalité, sur la relation à l’autre, sur le croisement des arts. On y trouve à la fois des projets grand public et des projets que certaines personnes n’iraient sans doute pas voir en dehors de ce temps de découverte, ce temps de curiosité, ce temps d’aventure qu’est un festival.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Maison de la Culture d’Amiens
2 place Léon Gontier, 80 000 Amiens.

Tél. : 03 22 97 79 77.


www.maisondelaculture-amiens.com


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