La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -247-TnBA ~ Théâtre du Port de la Lune - Saison 2016~2017

Briser le mur de l’intimidation

Briser le mur de l’intimidation - Critique sortie Théâtre Bordeaux TnBA – Théâtre du Port de la Lune
Crédit : Adréani / Légende : Catherine Marnas, directrice du TnBA.

Entretien / Catherine Marnas

Publié le 26 septembre 2016 - N° 247

Forte d’un public qui s’élargit et se rajeunit, la directrice du TnBA présente une saison 2016/2017 traversée par la préoccupation de l’émergence et de l’étranger. Un saison au cours de laquelle Catherine Marnas mettra en scène Comédies barbares de Ramon del Valle-Inclán.

Quelle ligne artistique fonde la programmation de cette nouvelle saison du TnBA ?

Catherine Marnas : La place importante donnée à la jeune création et aux artistes étrangers marque la volonté d’ouverture que j’ai affichée à mon arrivée dans ce théâtre. Elle est, en cela, dans la même ligne que la programmation de la saison dernière, où j’ai eu le plaisir de constater les formidables résultats de notre travail sur le public. En dehors des chiffres, qui révèlent une fréquentation en très nette augmentation, nous avons réussi à nouer un dialogue avec des spectateurs qui voyagent dans des esthétiques très différentes, et qui partagent avec nous leurs bonheurs ou leurs doutes.

En quoi cette ligne rend-elle compte du projet qui vous a porté, en 2014, à la tête de ce Théâtre et de son Ecole ?

C. M. : La préoccupation d’une directrice de théâtre est d’atteindre un public qui ne vient pas spontanément au théâtre. Cette inquiétude nous pousse à inventer des réponses nouvelles. Il faut briser le mur de l’intimidation. Cela passe par un travail d’actions culturelles acharné. Je suis particulièrement fière que notre public soit composé à 33% d’étudiants (hors publics scolaires). Cette présence prouve que le théâtre, loin d’être un art en désuétude, porte les espoirs et les réflexions d’une jeune génération avide de sens.

« Le théâtre porte les espoirs et les réflexions d’une jeune génération avide de sens. »

Parallèlement à la reprise de Lorenzaccio, vous allez cette année mettre en scène Comédies barbares, de Ramon del Valle-Inclán…

C. M. : Lorenzaccio sera présenté dans une version légèrement modifiée par rapport à l’année dernière. J’aime cette notion de retouche, que se permettaient les peintres du passé. En ce qui concerne Comédies Barbares – spectacle imaginé pour les 14 acteurs et actrices sortants de notre école, l’éstba (ndlr, Ecole supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine) – j’avais envie de revenir à une sorte de naïveté, d’enfance du jeu. A contre-courant d’une tendance désinvolte, d’un second degré caractéristique des spectacles contemporains, j’ai souhaité me lancer dans cette épopée avec un appétit vorace.

Quel univers votre mise en scène va-t-elle faire naître ?

C. M. : Ce qui m’a attiré, tout d’abord, c’est ce tableau fou d’un monde récemment disparu. En bâtissant une fable sur la Galice féodale et rurale, pétrie de religiosité et de superstitions, Valle-Inclán semble décrire un monde aussi éloigné de nous que le Moyen-Age. Les choses vont si vite que, pour les jeunes, l’univers décrit est aussi exotique que s’il s’agissait d’une tribu de Papous. Ils s’étonnent par exemple de la condition de la femme ou du pouvoir du religieux, ne sachant pas du tout qu’il s’agit de l’Europe du XIXème siècle et, donc, de nos racines directes. Cela permet d’ailleurs de comprendre certaines choses sur le retour du religieux aujourd’hui… L’exubérance folle de la langue de Valle-Inclán, surtout dans les didascalies, magnifiquement traduite par Armando Llamas, devient une sorte d’opéra. J’ai d’ailleurs invité quatre jeunes musiciens du Pôle d’enseignement Supérieur Musique et Danse de Bordeaux à nous accompagner sur scène. Ils ont composé une partition de musique traditionnelle en dialogue profond avec la Galice celte qui surgit de la pièce.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Comédies barbares / Lorenzaccio
du Jeudi 3 novembre 2016 au Samedi 7 janvier 2017
TnBA – Théâtre du Port de la Lune
Place Pierre Renaudel, 33800 Bordeaux, France

Tél. : 05 56 33 36 80. www.tnba.org


Comédies barbares : du 3 au 10 novembre 2016. Lorenzaccio : les 6 et 7 janvier 2017.


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