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Théâtre - Entretien

Festival Rencontres InCité, à la croisée du savoir scientifique et du geste artistique

Festival Rencontres InCité, à la croisée du savoir scientifique et du geste artistique - Critique sortie Théâtre Montigny-le-Bretonneux Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
Lionel Massétat © Yann Pasco

Scène nationale de Saint-Quentin-en-Yvelines / Festival Rencontres InCité

La deuxième édition du festival Rencontres InCité, qui croise paroles artistique et scientifique, mêle tables rondes, spectacle vivant et cinéma. Rencontre avec son directeur artistique : Lionel Massétat.

 

 En quoi est-il important de décloisonner art et science ?

Lionel Massétat : Le déclencheur a été géographique : le théâtre de Saint-Quentin se trouve sur le grand périmètre de Paris Saclay, qui représente 15 à 20 % du potentiel de recherche en France. La question était de savoir comment la parole scientifique pouvait pénétrer dans un théâtre sans être déconnectée du geste artistique, et comment on pouvait éclairer un geste artistique, creuser certaines thématiques abordées par des artistes qui sont aussi les produits de notre société. L’idée était de déterminer un thème et de l’aborder par un angle sensible et un angle intellectuel. L’angle sensible, c’est notre métier au quotidien tandis que l’approche scientifique est plus rare dans les théâtres. S’ajoute un objectif assez fort : les lieux de création ou de diffusion doivent être des lieux de partage du savoir. Or, le rôle des scientifiques, comme des artistes, est de questionner.

Pourquoi avez-vous choisi cette année le thème « Serons-nous humains demain ? ».

L.M. : Chaque jour, en lisant le journal ou en écoutant la radio, on entend parler d’intelligence artificielle, de génétique, du big data… C’est aujourd’hui un vrai débat public. Pour ce festival, nous explorons des thèmes qui nous concernent tous dans notre quotidien. Sur la question de l’humain demain, il y a beaucoup de fantasmagories. J’avais envie qu’on sorte et du fantasme et de la peur, de positions technophiles ou technophobes. Cela pose de vraies questions : est-ce que la recherche bioregénérative, la génétique, les progrès de la science, sont maîtrisés ? Quel est le pouvoir des citoyens et des politiques publiques sur la recherche ? Avons-nous vraiment un pouvoir d’intervention, en dehors des comités d’éthique qui sont souvent créés un peu tard ? L’idée d’InCité est de donner des outils au citoyen pour se ré-emparer de ces sujets. Parallèlement, nous constatons que ces thématiques sont des préoccupations très présentes chez les artistes.

« Le rôle des scientifiques, comme des artistes, est de questionner. »

Comment construisez-vous votre programmation ? Passez-vous des commandes pour répondre au thème annuel ?

L.M. : Ce sera peut-être le cas l’an prochain sur le thème de la nourriture mais cela n’a pas été nécessaire sur « humains demain ». Le rapport homme-machine, l’intelligence artificielle, etc., sont au cœur de nombreux spectacles de qualité. Mais je précise que la réflexion commence par la partie scientifique car nous ne voulons pas que le spectacle contraigne la réflexion sur les tables rondes. Lorsque nous avons déterminé un thème, nous repérons des chercheurs qui en ont une vue globale, comme cette année Alexeï Grinbaum (Larsim/CEA Saclay). Puis, nous nous rencontrons très régulièrement pour créer des tables rondes qui sont complémentaires et traitent de la globalité du thème. Ensuite seulement nous nous attaquons à la programmation théâtrale.

Quel public visez-vous ?

L.M. : Nous voulons nous adresser à tous. L’an dernier, nous avons connu une belle fréquentation (5000 personnes), mais les publics qui allaient voir les spectacles assistaient aux tables rondes sans que l’inverse soit vrai. C’était sans doute dû au sujet très conceptuel du « temps ». Cette année, le thème est plus large et entretient une correspondance parfaite entre les tables rondes, les spectacles et le cinéma. Cela devrait mieux circuler. Nous avons mis l’accent sur des spectacles familiaux, des ateliers pour les enfants, etc. Cela ne nécessite pas un niveau de connaissances exceptionnel mais les personnes qui disposent d’un grand bagage de connaissances doivent s’y retrouver aussi.

Si vous deviez citer deux projets emblématiques de votre démarche ?

L.M. : Sans objet d’Aurélien Bory, créé il y a une dizaine d’années, avec un bras de robot de l’industrie automobile où évoluent deux danseurs acrobates. Ce spectacle montre la peur de l’homme envers les nouvelles technologies avant de les apprivoiser pour les maîtriser. Je citerais aussi Free, le spectacle du saxophoniste de jazz Guillaume Perret, qui se mue en « homme-machine » au moyen de pédales d’essai et d’ordinateurs pour créer la sensation d’un orchestre symphonique. Cela traduit l’idée de l’homme augmenté mais la machine ne remplace pas l’homme ! Les machines peuvent ouvrir les potentiels à condition qu’on les maîtrise.

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Festival Rencontres InCité, à la croisée du savoir scientifique et du geste artistique
du Samedi 17 mars 2018 au Dimanche 25 mars 2018
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
3 Place Georges Pompidou, 78180 Montigny-le-Bretonneux

Tél. : 01 30 96 99 00. www.theatresqy.org


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