Théâtre - Entretien

Festival Mondes possibles

Philippe Quesne © Victor Tonelli

Nanterre Amandiers / Festival

Pour célébrer le 50ème anniversaire de mai 68, qui avait démarré dans l’Université toute proche, Nanterre Amandiers propose Mondes possibles, un festival foisonnant.

Célébrer Mai 68 aujourd’hui, est-ce enterrer les illusions ou réactiver les utopies ?

Philippe Quesne : Pour construire Mondes possibles, on a choisi des artistes qui, sans nostalgie, commençaient à développer des projets s’emparant directement ou indirectement de Mai 68. Ça peut être quelque chose de direct comme la parole politique d’Angela Davis et Tariq Ali, ou l’appropriation par Gwenaël Morin du fameux Paradise now du Living Theater. Mais ça peut être plus indirect comme le travail de Sarah Vanhee, Campo, qui donne toute sa liberté à la parole des enfants. Dans tous les cas, la diversité des formes artistiques que nous invitons est, à mon avis, directement issue de Mai 68. De plus, on va tenter de créer une véritable agitation, une atmosphère de festival à Nanterre.

Cela implique-t-il de sortir des murs du théâtre ?

P.Q. : De commencer d’abord par révolutionner le théâtre de l’intérieur. Pour cela, les Frères Chapuisat vont créer une installation monumentale sur le grand plateau, un village Hoodoo qui accueillera des spectacles et des rencontres. Il s’y déroulera également le marathon philosophique proposé par Massimo Furlan, qui durera 26h. On dormira donc dans ce village. Côté extérieur, Gwenaël Morin installera son paradis revisité dans le théâtre de verdure. Et La Terrasse, espace d’art de Nanterre, l’Université, le Centre Culturel Suisse, avec lequel nous nous allions dans le cadre de son festival Extraball, sont également concernés. Par exemple, Foofwa d’Imobilité produira une marche dansée à partir du Marais, à Paris, jusqu’à Nanterre Amandiers. Comme il l’a déjà fait en Afrique du Sud par exemple, en passant par Soweto, son idée est que le corps peut traverser différentes couches sociales. De plus, je trouve cela intéressant qu’en écho aux étudiants qui s’étaient rendus en groupe de Nanterre à Paris, la puissance de l’artiste seul puisse créer l’événement sur le chemin du retour.

« L’art deviendra notre seul salut pour rire de ce no future qui nous attend. »

Cherchez-vous aussi à sortir du spectaculaire, à provoquer la rencontre et la réflexion ?

P.Q. : Avec Grand Magasin, qui organise un concert dispersé dans le parc André Malraux, ou le collectif kom.post qui invite les habitants de Nanterre à partager leur mémoire de 1968, on essaye évidemment d’aller à la rencontre des habitants. Mais pour savoir ce qu’on peut retenir de 68, on invite également des philosophes, des anthropologues, des scientifiques. Avec aussi le marathon de Massimo Furlan, et Bruno Latour dont je me sens proche du point de vue de la pensée. Comme lui, j’ai l’impression que dans peu de temps, l’art deviendra notre seul salut pour rire de ce no future qui nous attend.

Pour votre part, que retenez-vous de 1968 ?

P.Q. : Mai 68 a produit la destruction de certains modèles qui étaient datés. C’est un moment où l’on a fortement réaffirmé des idéaux, un épisode auquel on se réfère encore et toujours. C’est aussi la dernière fois qu’ont convergé des luttes de couches sociales très différentes – les ouvriers, les étudiants, les artistes. Aujourd’hui, lorsqu’on tente de telles convergences, par exemple avec les universités qui s’engagent pour les migrants, ça a du mal à se propager. Depuis 68, en fait, la société a été divisée par activités, par statuts sociaux, pour mieux en assurer le contrôle politique. Et les Etats sont désormais tranquilles.

Propos recueillis par Eric Demey

A propos de l'événement

Festival Mondes possibles
du Samedi 7 avril 2018 au Jeudi 31 mai 2018
Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo Picasso, 92000 Nanterre

Et dans d’autres lieux à Nanterre et Paris. Tel : 01 46 14 70 00.


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