Théâtre - Critique

Tous mes rêves partent de gare d’Austerlitz

Tous mes rêves partent de gare d'Austerlitz, mis en scène par Marjorie Nakache au Studio-Théâtre de Stains. Crédit : Benoîte Fanton

Studio-Théâtre de Stains / de Mohamed Kacimi / mes Marjorie Nakache

En 2011, Marjorie Nakache créait Babylon City, de Mohamed Kacimi, au Studio-Théâtre de Stains. La metteure en scène et comédienne présente aujourd’hui une nouvelle pièce du dramaturge. Une plongée pleine d’humanité dans l’univers d’une prison pour femmes.

Il connaît bien le monde carcéral féminin. Depuis plusieurs années, Mohamed Kacimi anime un atelier d’écriture à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis. C’est à partir de cette expérience qu’il a écrit, suite à une commande de Marjorie Nakache, Tous mes rêves partent de gare d’Austerlitz, texte conçu comme un hommage à ces détenues pour qui la réclusion représente souvent une forme d’anéantissement, voire d’effacement intime. « J’ai vu comment la prison réagit sur les hommes, explique l’auteur. Elle les broie, les écrase et en fait des monstres. Elle les fait monter de plusieurs crans dans la hiérarchie de la virilité. C’est tout le contraire pour les femmes. Elle les éteint. Elle nie leur féminité, leur corps et même leur maternité. » Tout ceci apparaît avec profondeur, mais aussi tendresse, pudeur et même drôlerie, dans le très joli spectacle qu’a créé, le 29 mars, la directrice artistique du Studio-Théâtre de Stains. Car malgré la gravité de son sujet, Tous mes rêves partent de gare d’Austerlitz ne s’enferme jamais dans le pathos ou le misérabilisme.

Six femmes qui jouent à s’inventer un monde

Mohamed Kacimi a en effet préféré envisager la captivité des six codétenues dont nous faisons ici la connaissance à travers le prisme de l’entrain et de la gaieté. Bien sûr, toutes sortes de difficultés et des souvenirs douloureux planent sur l’existence de Zélie, Rosa, Lily, Barbara, Frida et Marylou. Il n’est jamais question de les occulter. Mais pour échapper à un quotidien qui pèse, ces femmes jouent à s’inventer un monde à la mesure de leurs rêves. Un monde dans lequel s’épanouissent des sentiments de joie et de liberté. Réunies, un soir de Noël, dans la bibliothèque de leur établissement pénitentiaire, elles organisent un réveillon à leur manière au cours duquel s’invite le théâtre de Musset. Une représentation improvisée d’On ne badine pas avec l’amour vient ainsi réinterroger leur rapport au réel et au présent… Tous mes rêves partent de gare d’Austerlitz révèle des beaux moments de vie en clair-obscur. Au côté de Marjorie Nakache (elle-même sur scène), Jamila Aznague, Gabrielle Cohen, Olga Grumberg, Marina Pastor et Irène Voyatzis confèrent une grande justesse à cette immersion en milieu carcéral. A travers elles, se dessinent, derrière les rires, les ambivalences et la mélancolie d’une humanité aux destins cabossés.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Tous mes rêves partent de gare d'Austerlitz
du Jeudi 29 mars 2018 au Vendredi 13 avril 2018
Studio-Théâtre de Stains
19 rue Carnot, 93240 Stains.

Les 29 et 30 mars, les 3, 5, 6 et 12 avril à 14h ; les 30 mars et 7 avril (représentations précédées d’un repas) ainsi que le 13 avril à 20h45 ; le 8 avril à 16h. Pour les représentations en soirée, navette gratuite A/R : à 20h au métro Porte de la Chapelle et à 20h15 au métro Saint-Denis. Durée de la représentation : 1h35. Tél. : 01 48 23 06 61. www.studiotheatrestains.fr


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