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Théâtre - Entretien

Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été

Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été - Critique sortie Théâtre Nantes Le Grand T
© Xavier Cailleau

Région / Nantes / Le Grand T / conception Anaïs Allais
Entretien Anaïs Allais

Publié le 27 mars 2018 - N° 264

Après Lubna Cadiot (x7), Anaïs Allais continue d’interroger ses racines franco-algériennes. À partir de l’histoire de son grand-père, le footballeur professionnel Abdelkader Benbouali, elle construit un récit choral où réalité et fiction dessinent des relations complexes entre deux pays.

Dans Lubna Cadiot (x7) (2012), première création de votre compagnie La Grande aux Belles installée à Nantes, vous exploriez la mémoire de la guerre d’Algérie à travers une parole féminine. Celle d’Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été est essentiellement masculine. Pourquoi ?

Anaïs Allais : Après sept paroles féminines, toutes incarnées par la comédienne Fanny Touron, Lubna Cadiot (x7) se conclut par la brève intervention d’un personnage masculin. Un homme à l’identité floue – il peut être leur père, leur fils ou encore leur cousin – qui existe avant tout par le regard qu’il porte sur les femmes de la pièce. Cette pièce m’a laissé un sentiment d’inachèvement. Après Le Silence des Chauves-Souris (2015), basé sur ma rencontre avec une exilée syrienne, j’ai donc voulu reprendre mon travail sur la guerre d’Algérie où je l’avais laissé. Par cette parole masculine.

Celle-ci s’est toutefois transformée depuis Lubna Cadiot (x7). Elle est devenue plus intime…

A.A : En effet. Dans ce nouveau spectacle, la voix centrale est inspirée du parcours de mon grand-père, Abdelkader Benbouali, footballeur professionnel qui a fait ses armes à Alger au sein du Racing Universitaire d’Alger (R.U.A.). Recruté par l’Olympique de Marseille en 1937, il est le deuxième « Algérien-français » à faire carrière en métropole.

« Une galerie de personnages offrent différentes visions de l’histoire franco-algérienne. »

 Qualifieriez-vous donc votre nouvelle pièce d’autofiction ?

A.A : Je dirais plutôt que le réel me sert de base pour construire une fiction. Autour de ce grand-père que je n’ai pas connu, et du football qui était pour moi un monde complètement étranger, une galerie de personnages offrent différentes visions de l’histoire franco-algérienne, complexe et passionnelle. Tout comme le faisaient les femmes de Lubna Cadiot (x7), nées de ma découverte, lors d’un voyage dans ma famille en Algérie, de ma cousine Hassiba Benbouali qui fut poseuse de bombes pour le FLN pendant la bataille d’Alger.

La présence sur scène du musicien Méziane Ouyessad contribue aussi beaucoup à la dimension hybride de votre projet.

A.A : Alternant entre son mandole chaâbi et sa guitare électrique, Méziane Ouyessad incarne en effet le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. Il assure aussi le lien entre la fiction et les spectateurs. Tel un coryphée.

Propos recueillis par Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été
du Jeudi 12 avril 2018 au Vendredi 20 avril 2018
Le Grand T
84 rue Général Buat, 44000 Nantes, France

Les 12, 17, 18 et 19 avril à 20h, le 14 avril à 19h30, les 13, 16 et 20 avril à 20h30. Relâche le dimanche. Tel : 02 51 88 25 25. www.legrandt.fr. Également au Théâtre de la Colline du 9 novembre au 1er décembre 2018.


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