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Théâtre - Critique

Erzuli Dahomey, déesse de l’amour

Erzuli Dahomey, déesse de l’amour - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Brigitte Enguerand Légende : « Bakary Sangaré, Serge Bagdassarian et Claude Mathieu dans Erzuli Dahomey, déesse de l’amour. »

Publié le 10 avril 2012 - N° 197

Primée par le Grand prix SACD de la dramaturgie française en 2009, Erzuli Dahomey, déesse de l’amour de Jean-René Lemoine est mise en scène, au Théâtre du Vieux-Colombier, par Eric Génovèse. Un spectacle virtuose, bien que trop lisse.

L’auteur Jean-René Lemoine explique avoir voulu écrire un vaudeville contemporain. Un vaudeville dont la drôlerie serait contrariée par des bouffées de noirceur, par la profondeur de destins humains douloureux. Immersion tragi-comique dans l’existence d’une famille de la bourgeoisie provinciale française, Erzuli Dahomey, déesse de l’amour explore un thème récurrent chez le dramaturge d’origine haïtienne : les rapports entre mère et enfants – rapports d’absence, d’abandon, d’amour et de désamour… Ainsi, dans cette pièce mise en scène au Théâtre du Vieux-Colombier par Eric Génovèse, Victoire Maison (Claude Mathieu) doit faire face à la perte de son fils aîné, mort dans un accident d’avion. Elle doit également endurer la froideur de ses jumeaux (Pierre Niney et Françoise Gillard), adolescents à tendances incestueuses obnubilés par le destin tragique de Lady Di, qui vient tout juste de disparaître. Fanta, la domestique antillaise (Nicole Dogué), est elle aussi bouleversée par la mort de cette princesse qui la faisait rêver.

Entre désespérance et frivolité

Ce petit monde fait d’archétypes avance ainsi entre désespérance et frivolité, sous le regard d’un prêtre écartelé par ses contradictions (Serge Bagdassarian). Jusqu’au jour où surgissent une mère sénégalaise (Bakary Sangaré) à la recherche du corps de son fils, et un fantôme noir (Nâzim Boudjenah) errant sur une terre qui n’est pas la sienne… A travers une succession de scènes brèves, Erzuli Dahomey, déesse de l’amour convoque toutes sortes de situations, de motifs, de réflexions, sans jamais chercher à composer un ensemble homogène. Et c’est pourtant à une impression de trop grande homogénéité que renvoie la mise en scène d’Eric Génovèse, servie par une distribution hors pair et une remarquable scénographie (signée Jacques Gabel). Car le sociétaire de la Comédie-Française crée un spectacle d’une grande beauté formelle, mais sans trouble, sans aspérité. Un spectacle qui lisse la pièce de Jean-René Lemoine et en donne une vision essentiellement comique. Le plaisir du divertissement est là. Tout fonctionne à merveille. Mais quelque chose manque. Une sorte de désordre, de vertige. Une forme de violence, ou de débordement, qui viendrait mettre en tension les zones les plus profondes d’une œuvre beaucoup plus complexe que cette proposition ne le laisse paraître.

Manuel Piolat Soleymat


Erzuli Dahomey, déesse de l’amour, de Jean-René Lemoine (texte publié aux Solitaires Intempestifs) ; mise en scène d’Eric Génovèse. Du 14 mars au 15 avril 2012. Le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h, le dimanche à 16h, relâche le lundi. Comédie-Française, Théâtre du Vieux-Colombier, 21, rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris. Tél : 01 44 39 87 00. Durée : 2h20 avec entracte.

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