La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien

Entretien
Nathalie Pernette

Comédie d’un vain combat

Gilles Bouillon retrouve Shakespeare et les jeunes comédiens du Jeune Théâtre en Région Centre pour explorer la fraîcheur pétillante et flamboyante, profonde et drôle de Peines d’amour perdues.

Publié le 10 mai 2007

Nathalie Pernette a créé Animale, objet chorégraphique hors du commun
puisqu?elle danse avec des dizaines de souris ! La chorégraphe revient pour nous
sur cette démarche singulière.

« Une ambivalence qui joue sur l’attraction et la répulsion »


Animale est-il le premier spectacle que vous créez pour le jeune public ?

Nathalie Pernette : Oui, l’Arche de Béthoncourt, qui est une scène
conventionnée pour la jeunesse, a pris contact avec moi alors que ce n?était
absolument pas ma démarche. Je ne m’étais jamais préoccupée du jeune public,
mais je leur ai présenté les projets que je voulais développer, dont Animale.
Ils ont retenu ce projet-là ! Mais dans la conception du spectacle, j’ai prévu
une double lecture, pour les enfants et pour les adultes.

Vous aviez donc déjà cette idée de travailler l’animalité.

N. P. : L’idée de mélanger sur scène une présence humaine et une présence
animale a été mon point de départ. Je me souvenais d’avoir vu une pièce de
théâtre avec une poule sur le plateau. Elle avait absolument capté toute mon
attention. C’est extraordinaire le pouvoir d’attraction qu’ont les animaux !
Est-il possible sur scène d’équilibrer les choses, de leur donner de la place,
de prendre la leur ? C’est un peu là que se situe l’enjeu du spectacle.

Pourquoi avoir choisi des souris, alors qu’elles peuvent être fort mal
perçues par les enfants comme par les adultes ? Il peut y avoir, à l’inverse de
l’attraction, un sentiment de répulsion?

N. P. : Absolument, et je pense que c’est exactement pour cela que je les
ai choisies. La souris, proche parent du rat, a cette espèce d’ambivalence qui
joue sur l’attraction et la répulsion. Elle est mignonne, sympathique, mais en
même temps elle est un vecteur de maladies, elle mange les récoltes, elle
s’immisce partout? J’ai voulu travailler sur ce sentiment-là, et sur
l’imaginaire et les histoires liées à la souris ou au rat. On pense à la figure
du vampire, à la chauve-souris, à la sorcière, et plus largement au domaine de
la nuit et de la peur.

Quelles sont les doubles lectures dont vous parliez ?

N. P. : Pour les adultes, j’ai construit une sorte de parcours d’un
personnage qui au départ est plutôt flamboyant, peu sympathique, et qui
lentement déchoit. J’ai voulu travailler sur le rapport entre cet individu et
cette société de souris qui est un peu une société en réduction, un miroir de la
société des humains. La figure que j’incarne perd tout, et se désocialise
complètement. Elle finit abandonnée, en dehors de l’enclos. C’est une évocation
du phénomène de la désocialisation, de la clochardisation, où l’on perd tout et
l’on finit dans un coin. Les enfants n?ont pas cette lecture-là. Ils voient une
sorcière, un vampire, une transformation qui n?est pas synonyme de mort ou de
déchéance. C’est une métamorphose, leur regard circule beaucoup entre l’animal
et l’humain.

Vous dansez dans un espace clos et resserré. Qu?est-ce que cela induit dans
votre gestuelle ?

N. P. : C’est l’occasion pour moi de travailler encore plus sur la
miniaturisation de la gestuelle puisque l’enclos est un carré de trois mètres de
côté. Autour, il y a une bande de tapis d’un mètre, où je suis un peu plus libre
car je n?ai pas peur d’écraser les souris. Je dois aussi gérer la grande
proximité du public, notamment avec le regard. La tri-frontalité m’oblige aussi
à être présente de tous les côtés à tous les moments.

Tant par rapport au public que par rapport à l’animal’

N. P. : Exactement. C’est une des pièces les plus dures que j’ai eu à
danser. La proximité du public ne pardonne pas, la danse est très contrainte par
l’espace et par la présence des souris, et il y a le hasard qu’il faut gérer en
permanence car on ne peut dresser les souris. Je dois moduler en permanence ma
partition qui est complètement écrite.

Propos recueillis par Nathalie Yokel

Animale, de Nathalie Pernette, les 10, 11, 14 et 15 mai à 10h et 14h30,
le 12 à 15h et 20h30, au CDN de Montreuil Salle Maria-Casarès, 63, rue Victor
Hugo, 93100 Montreuil. Tel : 01 48 70 48 90.

La Flûte enchantée de Nathalie Pernette, le 11 mai à 20h30 au Centre
culturel Boris Vian des Ulis.

A propos de l'événement



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