La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Agenda

Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis 2007

Ambivalence du partage

Nicolas Hocquenghem s’empare comme d’une partition musicale de la trilogie constituée des trois dernières pièces de Gérard Astor. Rencontre des langues et des voix, des mythes et de l’Histoire.

Publié le 10 avril 2007

Avec plus de vingt pièces venues des quatre continents et présentées dans
neuf lieux du département durant un mois, cette 6ème édition offre un
voyage au c’ur de la danse qui s’invente aujourd’hui.

« L’art tombe vite en décadence, mon enfant, lorsque l’artiste s’abstient,
se laisse troubler, s’abstient ne fût-ce qu’un instant
. » prévenait Thomas
Bernhard. En notre époque qui lessive les esprits au détergent du divertissement
chloroformé, nous avons, plus que jamais, besoin d’un art qui bouscule les
prières de ne pas déranger clouées par quelques zélés bien pensants aux portes
des théâtres. Un art en prise avec aujourd’hui, qui questionne, houspille,
rouspète, raille, râle, rit et riposte. Bref un art qui invente. Gardant le cap
de l’insoumission, avec Anita Mathieu à la barre, la 6ème édition des Rencontres
chorégraphiques trace un parcours buissonnier au c’ur de la danse d’aujourd’hui.

C’est Simone Aughterlony qui ouvre le bal, avec un redoutable Performers
on Trial
. La Néo-Zélandaise installée en Suisse, sidérante interprète de Meg
Stuart, tire les ficelles de la performance et complote une critique aussi
radicale que ludique de « l’entertainment » généralisé. La croate Jasna
Vinovrski ne manque d’humour non plus, quand elle épingle les stéréotypes de la
danseuse, la place de la culture (et de ceux qui la font vivre) dans la société.
Le québécois Dave Saint-Pierre va jusqu’à révéler La pornographie des âmes,
cette machinerie d’images et de sentiments préfabriqués, qui brasse des chromos
rehaussés de postures morales. Chacune à leur façon, l’israélienne Yasmeen
Godder avec Two Playful Pink, l’autrichienne Saskia Hölbling avec F on
a pale ground
et la malienne Kettly Noël avec Errance, tentent de
cerner la quête d’identité de femmes encartées dans les clichés. La focale se
déplace sur la relation à l’autre avec Kettly Noël et Nelisiwe Xaba, qui
cherchent au fil de leurs Correspondances à définir « l’identité
africaine », avec l’espagnole Sonia Gómez qui dénude les liens mère-fille, avec
les marocains Bouchra Ouizguen et Taoufiq Izeddiou qui livrent une chorégraphie
du rapprochement mais aussi de la séparation.

Des fidèles et beaucoup de découvertes

D’autres interrogent la danse en ses paramètres fondamentaux : Catherine
Diverrès revisite la relation danse-musique et le processus aléatoire cher à
Cunningham, Julie Nioche travaille sur le sens du geste et l’individuation des
interprètes au sein d’un groupe, tandis que les turcs Mustafa Kaplan et Filiz
Sizanli conçoivent un « espace-machine », architecture évolutive qui transforme
l’énergie du corps en influx électrique et modifie tous les paramètres de la
scène.

Alban Richard, lui, sabote les repères du temps : As far as se déploie
comme une sorte d’ellipse temporelle renouvelée, tout en constellations
d’actions et de rythmes, perturbations environnementales et digressions
imprévisibles. Claudia Triozzi préfère les potentialités de la voix, entendue
comme phénomène multiple – esthétique, physique, sensoriel, social, pour
perturber les logiques de perception. De même, le belge Arco Renz et son
heroïne
esquissent les lignes d’une réflexion sensuelle sur la perception et
l’apparence, la méditation et l’interférence, le visible et l’obscurité. Mais
peut-être est-ce la suisse Cindy Van Acker, dans Pneuma 02:05, qui pousse
le plus loin la dé-figuration du corps humain, façonné comme une matière vivante
et détaché de ses enjeux émotionnels, sociaux et psychologiques. Ou encore
l’impressionnante Maria Donata d’Urso, qui sonde, avec Lapsus, les
relations entre l’espace enfoui, deviné sous la peau, et l’espace du dehors.

D’autres enfin dégourdissent magistralement les codes de la tradition : le
thaïlandais Pichet Klunchun retourne aux origines de la danse traditionnelle
thaï du masque et l’espagnol Israel Galván fait résonner l’âge d’or du tango ici
et maintenant.

Le programme ne serait pas complet sans un bal : il est confié à Brigitte
Seth et Roser Montlló Guberna, excentriques patentées. En piste !

Gwénola David

Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, du 4 mai au
3 juin 2007. Rens. 01 55 82 08 01 et


www.rencontres-choregraphiques.com

A propos de l'événement



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