Le Festival d’Avignon In et Off : le grand rendez-vous de la création théâtrale transforme la ville en théâtre
Chaque été en juillet la ville d’Avignon se [...]
La comédienne, autrice et metteure en scène Elise Noiraud adapte le film de Laurent Cantet et crée une partition théâtrale de haut vol, d’une précision et d’une subtilité remarquables.
Après avoir créé un formidable seule en scène, épopée autofictionnelle explorant Le Champ des possibles, après avoir porté à la scène le monde agricole dans Les Fils de la terre, Elise Noiraud s’attelle à un autre domaine d’investigation : l’usine. Avec toujours au cœur de l’intrigue les liens familiaux qui se révèlent, imbriquant sphères privée et publique, enjeux individuels et collectifs. Adaptation du film de Laurent Cantet Ressources humaines, le texte dresse un portrait intime et social d’une famille dans une petite commune, au moment de la mise en place en 2000 de la loi sur les 35 heures dans les entreprises de plus de vingt salariés. Personnage central de l’histoire, Franck Verdot revient dans le pays de son enfance. Diplômé d’une grande école de commerce parisienne, il a choisi de revenir afin d’effectuer un stage dans l’usine où travaille son père depuis une trentaine d’années, et sa sœur depuis environ dix ans. Afin d’impliquer les salariés dans la vie de l’usine, mais aussi de calmer la véhémence de la déléguée cégétiste Madame Arnoux, il décide d’adresser à chaque employé un questionnaire sur le passage aux 35 heures. « On peut pas être des deux côtés à la fois, tu verras, Franck » lance la syndicaliste au jeune homme. Il le verra d’autant mieux lorsqu’un plan social s’annoncera…
Transfuge de classe
La mise en scène précise et pointue est structurée par la qualité du jeu des comédiens Benjamin Brenière, François Brunet, Sandrine Deschamps, Julie Deyre, Sylvain Porcher, Vincent Remoissenet et Guy Vouillot, dans une économie d’effets qui rend chaque détail signifiant. Sur le plateau nu, les lumières soignées, des éléments de décor rudimentaires et quelques chansons créent diverses atmosphères qui s’enchaînent de manière fluide. Le tiraillement de plus en plus aigu du transfuge de classe, enfant d’ouvrier devenu Parisien diplômé, apparaît avec une netteté claire, touchante, parfois cruelle. Lorsqu’il s’emporte par exemple contre un père qui se tait, soumis à sa hiérarchie. Dans cette partition puissamment évocatrice, le trait n’est jamais forcé ni simplifié, c’est avant tout la matière humaine complexe qui fait théâtre, à travers une pluralité de frottements, sentiments et confrontations. Façonnées par la législation et la manière dont elle est appliquée, façonnées par le marché, par les relations et habitudes qui se nouent au sein du monde du travail, nos identités professionnelles nous constituent. Si la crise générée par le covid a impulsé de nouveaux débats sur le temps et les conditions de travail, il demeure que « la conscience de l’égalité humaine » qui anima Léon Blum a un siècle plus tard toujours autant de luttes à mener…
Agnès Santi
du mardi au samedi à 20h, sauf vendredi à 19h, dimanche à 15h30. Tél : 01 40 03 74 20. Spectacle vu aux Plateaux Sauvages. Durée : 1h25.
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