La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Denis Podalydès

Denis Podalydès - Critique sortie Théâtre
Denis Podalydès

Publié le 10 septembre 2008

Fantasio ou les rêveries de la jeunesse, de l’illusion au deuil

Après un Cyrano de Bergerac heureux dans la Salle Richelieu, l’acteur Denis Podalydès revient en metteur en scène sur le plateau majestueux du Français avec Fantasio de Musset. Pour tromper son ennui, un homme mélancolique et plein d’humour se fait bouffon de cour à la place d’un bouffon récemment décédé. Une jolie fable aux allures de conte entre songe et réalité, lorsque la jeunesse rêve sa vie.

« La pièce contient un chagrin immense, une sorte de deuil de l’illusion de la jeunesse. »
 
Depuis quand connaissez-vous cette pièce ?
Denis Podalydès : Fantasio m’est cher depuis mes seize ans, quand un camarade de classe, Pierre Rich, m’a invité dans la maison de son oncle, l’acteur Claude Rich, un maître de théâtre qui me touchait avec sa voix drôle, un peu fêlée et teintée de mélancolie. Il m’avait dit cette réplique de Fantasio : « Comme ce soleil couché est manqué ! La nature est pitoyable ce soir… » J’ai aussitôt acheté la pièce chez un bouquiniste versaillais, dans une petite édition franco-anglaise : je l’ai aimée aussitôt – non pour Musset, mais pour son titre. Qu’est-ce que la fantaisie poétique ? Je n’ai jamais joué la pièce ni au Cours Florent, ni au Conservatoire où l’année avec Jean-Pierre Vincent a été déterminante : une réflexion sur le romantisme français dont Musset et sur le romantisme allemand dont Büchner. J’avais plutôt travaillé Il ne faut jurer de rien. Or, certaines scènes de Fantasio sont mythiques, de vrais chantiers permanents pour les acteurs.

Quel est l’argument de
Fantasio ?
D. P. : La pièce se passe dans une petite Bavière de fantaisie dans laquelle un roi va marier sa fille à un prince de Mantoue. Ce dernier est un idiot avéré et la princesse en a conçu une grande mélancolie. Des jeunes bourgeois de la ville sont censés fêter les fiançailles de la princesse ; c’est une petite société d’amis sur une terrasse de cabaret dont Fantasio, un jeune désoeuvré qui boit et semble en avoir tiré un principe de vie. Il multiplie saillies, bouffonneries et discours plus ou moins délirants. Un ami proche décèle dans ce comportement une mélancolie inquiétante. C’est en même temps un autoportrait de Musset dans lequel on retrouve les thèmes chers aux Confessions d’un enfant du siècle. Le canevas de la princesse mal appariée est emprunté au conte d’Hoffmann tandis que les scènes de comédie sont plutôt shakespeariennes.

Pouvez-vous parler du mystère de la pièce ?
D. P. : Fantasio est considéré comme le rêve le plus prégnant de Musset, et j’aime les pièces de cet espace intermédiaire entre songe et réalité, un espace de théâtre comme l’Illyrie dans La Nuit des Rois. On ne sait si les personnages sont réels, surnaturels ou fantastiques. La pièce contient un chagrin immense, une sorte de deuil de l’illusion de la jeunesse. Quelque chose a disparu que Fantasio ne retrouve plus. Les personnages sont porteurs de zones de faiblesse, de distraction, de paresse et de perte d’identité. Comment faire sortir ces jeunes gens d’une éternelle rêverie qui les retire de l’existence ? Les personnages ne cessent de rêver leur vie ou de vivre leur rêve, ils ne coïncident jamais avec la réalité.

Propos recueillis par Véronique Hotte


Fantasio

D’Alfred de Musset, mise en scène de Denis Podalydès, en alternance du 18 septembre au 15 mars 2009 à la Salle Richelieu Comédie Française Place Colette 75001 Paris Tél : 0 825 10 16 80 (0,15 centimes d’euros la minute) www.comedie-francaise.fr

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