La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Olivier Cadiot

Dire le détail au lieu d’élargir les questions

Dire le détail au lieu d’élargir les questions - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

Olivier Cadiot est, avec Christoph Marthaler, artiste associé de la 64ème édition du Festival d’Avignon. L’écrivain y présente les différentes facettes de son œuvre, en solitaire et en compagnie.

Comment le rôle d’artiste associé au Festival d’Avignon peut-il être défini ?
Olivier Cadiot : Ce n’est pas une carte blanche et nous ne sommes pas directeurs artistiques. C’est plutôt, pour Hortense Archambault et Vincent Baudriller, comme un surcroît d’énergie dans cette contrainte supplémentaire à leur programmation. Ils ne bâtissent pas le festival autour de nous, comme si nous en étions le centre, mais bâtissent un programme au bout de deux ou trois ans de rencontres, de conversations, de voyages, de discussions, de découverte de notre travail, de nos goûts, de nos histoires, et créent des étincelles entre et dans nos univers. L’an dernier, autour de Wajdi Mouawad, le festival était organisé autour de la narration, des grands récits mythologiques. Marthaler et moi sommes plus dans le texte, la partition, le détail. C’est pour cette raison que j’ai choisi un pictogramme de plongeur pour illustrer l’affiche. Au lieu d’élargir les questions, il s’agit de faire le point, de dire le détail. Avec Marthaler, on a l’impression de plonger dans des micro-événements. S’il y a quelque chose de commun entre nous, lui qui se méfie du texte et moi qui ne suis que du texte, c’est peut-être cette attention commune aux détails.
 
Cette édition est placée sous le signe de la musique. Est-ce une manière de définir votre œuvre ?
O. C. : On dit que ce que nous faisons, Marthaler et moi, est musical. Ce n’est pas tout à fait vrai. Je n’ai pas l’impression d’écrire en fonction de critères musicaux ou rythmiques. Je m’intéresse davantage au sens. Je suis très lié à la musique, certes, mais comme je ne suis pas musicien j’ai besoin de travailler avec de vrais musiciens, de même que comme je ne suis pas véritablement un auteur de théâtre, au sens où on l’entend d’habitude, j’ai besoin de travailler avec de vrais hommes de théâtre. Le théâtre n’est pas forcément pluridisciplinaire ou transversal mais quand un metteur en scène a besoin de tous les moyens pour faire avancer le théâtre, il faut qu’il puisse les trouver. Il est formidable de se servir des différents corps de métier mais cela ne veut pas dire nécessairement dire que le théâtre soit un art mixte. C’est la même chose pour l’écriture : je peux avoir besoin pour mes livres de Deleuze, d’un traité de pêche à la mouche et du café du coin mais cela ne signifie pas que la littérature soit un art du collage.
 
« Avec Marthaler, on a l’impression de plonger dans des micro-événements. »
 
Votre association au festival avec Marthaler vous amène à travailler ensemble. Comment ?
O. C. : Ça, c’était imprévu ! On ne nous a pas poussés à travailler ensemble et nous avions suffisamment de pain sur la planche l’un et l’autre ! Mais Marthaler m’a demandé de participer à sa création dans la Cour d’honneur, d’être là comme une sorte de dramaturge. Cela constitue une nouvelle expérience pour moi, à l’inverse de ce que je fais d’habitude. Et cela me permet de comprendre comment travaille Marthaler. Il fait d’abord construire un espace de jeu par Anna Viebrock, puis choisit la musique qui va accompagner tout le spectacle et à la fin seulement, parce qu’il se méfie du langage, choisit les quelques textes qui vont accompagner l’ensemble. Marthaler a besoin de partenaires de conversation pour avancer. Il a fallu que j’accepte de me préparer à cette collaboration sans a priori, sans préjugés, même si la démarche peut semble paradoxale pour un écrivain.
 
La fonction d’écrivain est-elle la seule que vous revendiquiez ?
O. C. : Mon activité principale est de faire des livres et ces livres ne sont pas préparés pour le théâtre, ne sont pas à la taille du théâtre. Dans le travail que je fais avec Ludovic Lagarde, ses comédiens et son équipe, les choses se passent de manière assez simple. J’écris et Ludovic assume la responsabilité scénique en adaptant le texte, cette adaptation étant une reconfiguration et non pas une réécriture. Ça transforme l’objet, lui donne un autre visage, un peu comme une raquette de tennis devenue une bicyclette ! Un acteur en chair et en os n’a pas la même économie qu’un livre ; sa présence n’a pas la même valeur, la même capacité, la même vertu ni les mêmes défauts. A partir du moment où Ludovic prend cette responsabilité, je reviens vers la scène pour m’occuper des détails, donnant mon avis sans être maître d’œuvre. J’aime à la fois travailler seul et avec les autres. J’écris un texte qui a une autonomie littéraire propre, qui va au bout de son principe et la mise en scène va quelquefois plus loin que si j’avais moi-même rêvé la scène ou scénarisé mon projet. Je n’écris pas en pensant à la scène mais il se trouve que ce que je fais en littérature coïncide avec quelque chose dont peuvent se saisir les acteurs. En ce sens, l’adaptation scénique relève de la sélection, de la recomposition en fonction d’une dramaturgie qui ne peut pas être celle d’un livre. Lagarde fait son chemin à lui qui n’est pas tout à fait le même que celui que je fais en direction du lecteur. C’est le théâtre qui s’adapte au fond !
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Festival d’Avignon. Olivier Cadiot. L’Affaire Robinson, lecture, Cour d’honneur du Palais des papes. 10 juillet. Un nid pour quoi faire ; mise en scène de Ludovic Lagarde. Gymnase Gérard-Philipe du 8 au 18 juillet. Un mage en été ; mise en scène de Ludovic Lagarde. Opéra-théâtre du 21 au 27 juillet. Christophe Marthaler. Schutz vor der Zukunft. Collège Champfleury du 21 au 24 juillet. Papperlapapp. Cour d’honneur du Palais des papes du 7 au 17 juillet. Tél : 04 90 14 14 14.

A propos de l'événement



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