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Théâtre - Gros Plan

De Mal en Peor (De mal en pis)

De Mal en Peor (De mal en pis) - Critique sortie Théâtre
Légende photo : les onze comédiens détournent joyeusement les codes du vaudeville Crédit : Damián Nussembaum

Publié le 10 octobre 2007

Invité pour la troisième fois au Festival d’Automne, le metteur en scène Ricardo Bartis fait grincer les gongs de l’histoire argentine dans un vaudeville décapant.

« Jouer est une expérience hérétique, une activité révolutionnaire à l’encontre d’une société déshumanisée. », clame Ricardo Bartis, frappant au ventre mou des mazarinades de carton-pâte gentiment divertissantes. Polémique, mordant, farouchement indépendant, l’auteur et metteur en scène argentin tisonne, depuis presque vingt ans, l’histoire de son pays, décapant de toute nostalgie les fantômes décatis du passé, grattant sans ménagement les plaies de la crise économique et sociale pour en révéler la profondeur. Ses spectacles, qui infiltrent la veine du naturalisme jusqu’à l’exploser, broient finement conventions théâtrales et protocole institutionnel en une matière poreuse aux métaphores, volontiers séditieuses. Ironiquement baptisée Sportivo Teatral, sa compagnie est installée dans une ancienne fabrique d’ambulances, au cœur de Palermo, quartier de Buenos Aires. Là, dans cet antre à l’écart des injonctions commerciales, s’expérimente un théâtre construit au long cours avec les acteurs.
 
Une intrigue pleine de rebondissements
 
C’est ailleurs pourtant, dans un appartement, qu’a mûri De Mal en Peor, qui plonge aux racines du vingtième siècle. Cette création au titre évocateur (« De mal en pis ») se déroule en effet dans l’intimité d’une maison musée, toute humide de souvenirs moisis. Y cohabitent deux familles aristocratiques désargentées, qui « veillent » sur leur « attraction » : une vieille américaine prostrée. Invitée jadis en Argentine pour participer à la campagne d’éducation des déshérités, celle-ci fut séquestrée par les Indiens, y perdit la raison, mais gagna quelques liasses de bons d’Etat en compensation… Un trésor aujourd’hui hautement convoité. « C’est en cette fin du 19e siècle que s’affermit le modèle économique et social, toujours en vigueur dans l’actuelle Argentine, à quelques variantes près : la conversion de la dette privée en dette publique, un système primitif qui, par accumulation, ne cesse d’accroître le lourd passif et accule le pays au bord du gouffre. » explique Ricardo Bartis. « Nous avons retenu le ton de la parodie pour incarner le dramatique éclatement des valeurs qui structurent l’ordre social : la famille, le mariage, le travail, l’argent, la politique. ». Confinés dans un espace exigu, tout proches des spectateurs, les onze comédiens tricotent les fils d’une intrigue brodée de rebondissements et font joyeusement claquer les figures obligées du vaudeville. Dans le tourbillon satirique de ce mélodrame familial s’échappe la plainte d’une Argentine en crise… Un drame toujours recommencé.
 
Gwénola David


De Mal en Peor (De mal en pis), de Ricardo Bartis, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, du 16 au 21 octobre, à 20h30, sauf dimanche à 15h30, à la MC 93, 1 bd Lénine 93000 Bobigny. Rens. 01 41 60 72 72 et www.mc93.com. Spectacle en espagnol surtitré.

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