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Dans La mort de Jean-Marie de Balma, Vincent Guédon multiplie les formes de dialogue avec son frère disparu volontairement pendant 35 ans. Pascal Kirsch tente d’approcher le vertige de cette conversation avec un absent.
Le plateau sur lequel s’avance lentement Yann Boudaud pour commencer à en découdre avec La mort de Jean-Marie de Balma de Vincent Guédon donne des indices contradictoires sur ce qui va suivre. Au fond à jardin, un meuble bas de gamme rempli d’un léger fatras évoque une existence soit précaire soit peu soucieuse des réalités matérielles. Face au public, un clavecin désossé, ventre à terre, et un vieux magnétophone dont la bande est de sortie et s’enroule autour d’une chaise distillent un esprit « art contemporain ». Tandis que près du bord de scène, une table remplie de livres, de revues et de quelques autres objets nous oriente du côté du théâtre documentaire exhibant ses sources et son mode de fabrication. C’est devant ce morceau-là de la scénographie que s’arrête d’abord Yann Boudaud, qui au lieu de s’adresser à la salle comme on aurait pu s’y attendre entame un dialogue avec une personne dont il ne tarde pas à nous dire qu’elle est absente, qu’elle a disparu volontairement depuis plusieurs décennies. Cet « évaporé », terme venant du Japon et désignant les disparus volontaires, c’est le frère du comédien et auteur Vincent Guédon. Compagnon de route du metteur en scène Pascal Kirsch sur plusieurs de ses créations, ce dernier se voit ici incarné par un Yann Boudaud qui excelle dans le traitement de l’invisible, dans l’interprétation de l’énigme. Les formes plus incarnées qu’explore ensuite le comédien, rejoint pour l’occasion par les acteurs Catherine Vinatier et Jonathan Genet et par le musicien Alvise Sinivia, font hélas perdre à la proposition une partie de son trouble et de sa singularité.
Enquête sur la disparition
Une fois lue une lettre ouverte écrite en forme de bouteille à la mer par Vincent Guédon en 2012 et publiée dans la revue L’Impossible, Yann Boudaud pousse la table vers les coulisses afin de donner sens et vie à un autre des îlots scéniques décrits plus tôt. Il suit ainsi la démarche littéraire de l’auteur, dont la conversation avec son disparu n’a pas cessé avec sa missive, mais s’est longtemps poursuivie. Après un échange entre le frère absent, auquel Jonathan Genet prête une présence flottante, et le frère écrivain qui le convoque dans un rêve, le trio d’acteurs déploie autant de scènes qu’il y a de micro-décors sur scène, chacune dans une esthétique théâtrale différente. Si Pascal Kirsch et sa distribution ne vont jamais jusqu’à un parfait naturalisme dans leur Mort de Jean-Marie de Balma, leur distance par rapport à des codes de jeu classiques ne cesse de varier. La découverte de la mort du frère, des années après l’écriture de la lettre initiale, fait basculer la quête vers une enquête à laquelle Catherine Vinatier donne des accents comiques. Changeant de costume pour donner corps aux différentes figures rencontrées par Vincent Guédon dans son enquête sur la vie de son frère jusqu’à son décès dans un foyer, la comédienne porte avec justesse ce registre inattendu. Lequel a toutefois tendance à refermer les portes du théâtre mental que défend Yann Boudaud lorsqu’il est seul en scène ou simplement accompagné par Alvise Sinivia. La performance musicale que réalise celui-ci sur son clavecin ouvert mêle l’abstrait et le concret avec une élégance et un minimalisme dont on regrette qu’ils ne soient pas le « la » de l’ensemble de cette proposition très fragmentaire, parfois trop illustrative.
Anaïs Heluin
du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h30. Tel : 01 43 28 36 36. Durée : 1h45.
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