Reprise de « Mémoire de fille » d’après Annie Ernaux avec Suzanne de Baecque, mise en scène de Veronika Bachfischer, Sarah Kohm et Elisa Leroy, un dialogue agissant, transgénérationnel et universel
Adaptation du récit d’Annie Ernaux conçue par [...]
Ivanka Polchenko met en scène Vania est vivant de Natalia Lizorkina, dans une traduction française. Un texte d’une grande richesse sur une mère dont le fils a été prisonnier, interprété avec talent et émotion. Saisissant.
Vania est vivant est assurément un théâtre de langue. Une langue riche, dont le drame repose sur l’inversion des termes. La metteuse en scène moscovite exilée Ivanka Polchenko, seule sur scène, interprète le récit d’une femme. Celui d’Alia, qui apprend que son fils « n’a pas été fait prisonnier ». Le récit d’une mère qui apprend petit à petit la vérité au sujet de la guerre, derrière les mensonges de la propagande. L’histoire est ancrée en Russie sans pour autant être explicitement nommée, mais dépasse très vite ce contexte pour se faire universelle. La mère de Vania rencontre divers personnages de son quotidien avec qui elle discute de la guerre, de ses découvertes. Elle ouvre peu à peu les yeux sur le monde qui l’entoure, fait de mensonges et de faux semblants.
Une réflexion réussie sur la guerre
Le texte se suffit à lui-même, pas besoin de décor ni costume pour l’accompagner. Il émeut sans nécessité de grandiloquence. Ivanka Polchenko brille par sa passion, elle incarne intensément tous les protagonistes. Tout est verbalisé : les didascalies, les noms des personnages avant qu’ils ne prennent la parole. Le récit intime d’Alia touche profondément, au-delà d’un théâtre politique ou engagé. Les personnages se censurent eux-mêmes : la guerre devient la paix, la prison devient la liberté… Une seule question persiste durant toute la pièce : va-t-elle convaincre les habitants de son village du mensonge gouvernemental ? Véritable piste de réflexion autour de la guerre, de la résistance et de la propagande, autour du déni et du deuil, Vania est vivant saisit, touche au plus profond de l’être. À la fin reste un souhait : que cette violence et cette souffrance cessent un jour. Une pièce nécessaire, juste et intense, qui n’a pas besoin d’autre chose que la voix pour se faire entendre. Une voix en tous points remarquable.
Siloé Lemaître
les vendredis et samedis à 19h, le dimanche à 14h. Tél. : 01 46 36 11 89. Durée : 1h.
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