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Théâtre - Critique

À partir du Procès et autres récits de Kafka, Clément Poirée crée « Josef K. », périple fragmenté dans l’œuvre et la psyché de Kafka

À partir du Procès et autres récits de Kafka, Clément Poirée crée « Josef K. », périple fragmenté dans l’œuvre et la psyché de Kafka - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de la Tempête
Josef K., dans la mise en scène de Clément Poirée Crédit : Fanchon Bilbille

Théâtre de la Tempête / d’après Franz Kafka / adaptation et mise en scène de Clément Poirée

Publié le 25 septembre 2026 - N° 347

Au Théâtre de La Tempête, Clément Poirée propose un périple fragmenté dans l’œuvre et la psyché de Kafka, s’inspirant librement du Procès de Kafka et autres récits. La pièce chemine en entrelaçant polar sous emprise d’une loi insaisissable et visions oniriques fantastiques.

Le défi est considérable : adapter librement Le Procès, en ajoutant à la partition textuelle des extraits du Journal et autres récits de l’auteur pragois, mais aussi quelques scènes mises en abyme de Elizaviéta Bam (1928). Dans cette dernière pièce signée par l’auteur russe Daniil Harms, qui fut contraint au silence et à la clandestinité par le régime stalinien, Elizaviéta (Jeanne Lepers) est elle aussi arrêtée par deux hommes qui frappent à sa porte, en écho direct à l’histoire de Josef K (Pascal Césari). « J’ignore cette loi. Elle n’existe que dans vos têtes » lance K. aux deux gardes (Aymeric Trionfo et Julien Villa) qui le surprennent chez lui. Si le motif de l’arrestation, comme celui d’une loi et d’une autorité insaisissables, sont au cœur de l’adaptation de Clément Poirée, sa mise en scène traverse aussi certains aspects de la psyché et de la vie de l’écrivain, que reflète son écriture. Tels par exemple sa profonde et inquiète solitude, sa relation conflictuelle à son père (Matthieu Marie) empreinte de culpabilité (qui apparaît ici de manière récurrente, notamment lors d’une scène rêvée issue de la nouvelle Le Verdict), son lien amoureux tumultueux avec Felice Bauer, dont Félicité Bürstner pourrait être un double…

Solitude et dédoublements

Dans une atmosphère onirique, certains chapitres du roman alternent ici avec des visions nocturnes plus ou moins cauchemardesques et fantastiques, comme dans la scène inaugurale juste avant le réveil de K., lorsqu’un insecte étrange descend du plafond puis disparaît. À l’instar des vastes vitres des cloisons qui composent la scénographie d’Erwan Creef, l’opacité est la norme, dans un système labyrinthique et sans issue. Une opacité qui facilite une surveillance incessante, avec toutes sortes de gens dissimulés derrière les murs. Tout au long de la vaine quête de Josef K., qui se dédouble, voire se démultiplie, la loi inexpliquée règne en majesté, comme le prouvent l’avocate Maître Huld (Nanténé Traoré) et son assistante (Lauren Pineau-Orcier). Nourrie d’une multitude de références et fragments, de tant de substrat et d’implicite, la narration théâtrale parfois nous égare. Lorsque le geste artistique laisse libre cours au burlesque ou au rêve, et notamment lorsque les circassiens (Riccardo Pedri) s’en mêlent, la pièce accorde à la beauté plastique comme à l’imagination du spectateur un espace bienvenu. Le non-dit demeure chez Kafka un abîme. L’oppression absurde et terrifiante qu’il dépeint peut pointer sous un angle politique vers le monde extérieur et ses dangers, elle peut aussi tendre vers des souffrances et gouffres intérieurs.

Agnès Santi

A propos de l'événement

Josef K.
du vendredi 11 septembre 2026 au dimanche 18 octobre 2026
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris

Du mardi au samedi à 20h ; le dimanche à 16h. Tél. : 01 43 28 36 36. Durée : 2h10.

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