« Histoires de crevettes », pièce imaginée par la compagnie néerlandaise Hotel Modern
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A partir du Procès, Clément Poirée propose une plongée dans l’œuvre de Kafka, entre thriller existentiel et visions oniriques. Comment l’individu résiste-t-il aux dispositifs d’arraisonnement ?
Quel matériau pour cette pièce ?
Clément Poirée : Le Procès est une œuvre inachevée, retrouvée, après la mort de Kafka, sous forme de liasses sans chronologie. Son caractère éclaté en fait un matériau de théâtre très ouvert, dans lequel on peut se promener. Le spectacle s’ouvre avec le réveil de Josef K., sorte de monsieur Tout-le-monde. Dans sa chambre deux gardiens se sont installés sans égards, et lui annoncent qu’il est en état d’arrestation. Pourquoi ? Personne ne le sait. Commence alors un polar métaphysique où Josef K. part à la recherche de sa faute, dans les méandres d’un système tentaculaire et absurde. Sa vie diurne est occupée par le procès, mais quand il s’endort, on plonge avec lui dans ses rêves agités, qui permettent de déployer d’autres textes de Kafka.
Pourquoi cet entrelacs entre rêve et éveil ?
CP. : Parce que cette histoire est celle d’une âme. Notre réalité est plus large, plus labyrinthique que le monde réel.
Quelle est la couleur de ce spectacle ?
CP. :Josef K. est un spectacle inquiétant. Il nous fait partager l’angoisse des engrenages, dans laquelle nous sommes tous pris. Elle s’actualise, aujourd’hui, dans la figure du numérique, ce monde qui nous enferme et que nous ne comprenons pas. Mais, comme toujours, l’inquiétude est, avec un peu de distance et une bonne dose d’ironie, assez burlesque. Elle est une forme d’étonnement face au monde. Il y a du Buster Keaton chez Josef, ce grand candide.
Ce spectacle ouvre la saison de La Tempête. Quelle tonalité pour cette saison ?
CP. : Dans un contexte extrêmement difficile, nous nous engageons dans une saison de lutte avec nos armes à nous : notre aptitude invaincue à l’émerveillement, notre désir de partage, notre art de fuir les évidences et de titiller leurs détenteurs.
Propos recueillis par Catherine Robert
. Du mardi au samedi à 20h ; le dimanche à 16h. Tél. : 01 43 28 36 36.
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