Lazare crée « L’Avenir des reflets », une partition foisonnante hantée par les fantômes de l’époque révolutionnaire
Hantée par les fantômes de l’époque [...]
Avec Illusions, Yordan Goldwaser propose un objet théâtral métaphysique qui explore les contours de la vie amoureuse et tente d’en extraire la substance véritable. Une adaptation qui fait honneur au puissant texte d’Ivan Viripaev.
Depuis 2022, Yordan Goldwaser s’empare, avec sa compagnie La Nuit américaine, de l’œuvre d’Ivan Viripaev. Dernière d’un triptyque autour de la vérité, après Les guêpes de l’été nous piquent encore en novembre et une adaptation singulière d’Ovni, Illusions ouvre une réflexion sur l’expérience amoureuse. Quatre narrateurs – Pierre Devérines, Jeanne Lepers, Barthélémy Mridjen et Julie Moulier – reviennent sur les histoires entremêlées de deux couples d’octogénaires, Denis et Sandra, Albert et Marguaret, qui, au crépuscule de leur vie, ont vu leurs certitudes ébranlées. Sur son lit de mort, Denis fait une déclaration vibrante à sa femme, Sandra, qui, un an plus tard, alors qu’elle s’apprête à son tour à rendre l’âme, avoue ses sentiments à Albert, le meilleur ami de son mari, lui dit que c’est lui qu’elle a aimé silencieusement, toute sa vie durant, d’un amour absolu et indéfectible. Alors se fissure la façade de la simplicité et s’ensuivent les récits des couples, les non-dits exposés et les inclinaisons refoulées, sous la forme de monologues délivrés successivement par les conteurs qui s’adressent directement au public, comme pour l’impliquer dans l’énigme qu’ils tentent de résoudre : l’amour véritable est-il toujours réciproque ?
Quelle vérité ?
À la question posée, aucune réponse explicite n’est apportée et c’est là la force du texte d’Ivan Viripaev dont le propos se décèle entre les lignes, où la profondeur d’un instant qui pourrait sembler anecdotique se révèle au fur et à mesure qu’il est dévoilé, où la difficulté d’arriver à une vérité absolue et universelle est mise en exergue. La scénographie minimaliste et fragmentée laisse la possibilité au récit de se déployer et souligne la justesse de l’interprétation des comédiens qui touchent, interrogent, amusent parfois. Ils tentent, à travers les péripéties qui ont jalonné des décennies d’amour, d’appréhender la nature exacte de l’amour, de le définir mais sans doute l’expérience amoureuse est-elle par essence insaisissable. « Il doit bien y avoir quelque chose de constant dans ce cosmos changeant ? », demande pourtant l’une de nos protagonistes. Un moment théâtral puissant qui résonne avec notre propre intériorité.
Hanna Abitbol
du mardi au samedi 20h, dimanche 16h. Tél. : 01 43 28 36 36 / https://www.la-tempete.fr/. Durée : 1h30.
Hantée par les fantômes de l’époque [...]