La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Avant-hier après demain, Nouvelles du futur

Avant-hier après demain, Nouvelles du futur - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 février 2009

Christian Benedetti poursuit son compagnonnage scénique avec Gianina Carbunariu en un spectacle formellement intéressant et audacieux mais qui peine un peu à être à la hauteur de ses ambitions.

Le texte de la jeune dramaturge roumaine Gianina Carbunariu, avec laquelle le metteur en scène Christian Benedetti a commencé une œuvre théâtrale qui vise à fonder dans la durée une collaboration fructueuse entre artistes venus d’horizons créatifs divers, est bâti autour de quatre grandes scènes entre lesquelles les acteurs ont la charge de réécrire chaque soir leur propre histoire, en faisant la liste de leurs indignations et de leurs préoccupations du moment. Sorte de matériau en mouvement, le texte joue des paradoxes et des effets de distanciation grinçants, comiques ou effrayants entre une science-fiction pessimiste et les échos d’un monde contemporain inquiétant autant par son aveuglement béat que par sa fécondité tératogène. L’embryon de la monstruosité à venir est en train de grandir dans la matrice accueillante des égarements actuels. Benedetti trouve en Carbunariu un auteur qui appartient à une même famille symbolique dont les membres explorent par leur écriture les rives marécageuses entre lesquelles l’Histoire charrie ses victimes et dont Edward Bond, toujours associé au Théâtre-Studio d’Alfortville, est un des représentants les plus éminents.
 
Un théâtre en projet et donc en progrès
 
Ce nouveau spectacle est marqué par l’esprit tragique de Cassandre et par la tonicité corrosive d’un ton qui oscille entre vitriol et gravité. Mais sa forme, qui confie pour grande partie aux comédiens le soin de dire l’aujourd’hui dont l’après-demain imaginé par Carbunariu est supposé être le destin, en constitue la fragilité et marque les limites de son efficacité dramaturgique. En effet, les impressions répétées en leitmotivs des acteurs prennent parfois l’allure de poncifs à la bonne conscience moralisatrice un peu pesante. Potaches ou caricaturaux, les intermèdes finissent par alourdir le texte par des effets cumulatifs qui manquent de pertinence et d’efficacité pour la plupart, si on en excepte la longue liste des mots et des maux modernes que Benedetti lui-même scande sur fond d’installation vidéo hypnotique. Quant au texte de Gianina Carbunariu, il est inégal : sa dénonciation de l’hygiénisme anti-tabac demeure assez naïve et la scène finale des déboires climatiques est franchement assommante alors que son éloge des futuristes amitiés porcines et sa critique des dérives de la maternité sont nettement plus réussis. Manque peut-être à cet égard la violence de Kebab ou de Stop the tempo, précédentes pièces de la jeune Roumaine qu’avait créées Benedetti ; manque peut-être un cynisme complètement dévoué au rire pour vraiment mesurer et dénoncer la capacité d’autodestruction de notre humanité. Toujours est-il que Christian Benedetti retrouve en ce spectacle des comédiens qu’il sait diriger avec intelligence et précision et que l’ensemble est sans doute à découvrir comme un laboratoire théâtral plutôt que comme une œuvre achevée, ce qui est l’essence du projet imaginé par le directeur du Théâtre-Studio pour continuer à résister aux scléroses idéologiques et artistiques de l’époque.
 
Catherine Robert


Avant-hier après demain, Nouvelles du futur, de Gianina Carbunariu ; mise en scène de Christian Benedetti. Du 15 janvier au 7 mars 2009. Du mardi au samedi à 21h. Théâtre-Studio, 16, rue Marcelin-Berthelot, 94140 Alfortville. Réservations au 01 43 76 86 56.

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