« Le Pas du monde », spectacle emblématique du Collectif XY aux captivantes métamorphoses
Reprise de cette emblématique création du [...]
Arnaud Anckaert met en scène une version du Songe shakespearien actualisée par Clément Camar-Mercier. Une proposition truculente, populaire, qui aux dépens des normes exalte la puissance de l’imaginaire.
Changement de registre pour le Théâtre du Prisme. Jusqu’ici, mis à part une incursion dans l’univers de Shakespeare avec Mesure pour mesure (2019), Arnaud Anckaert a plutôt présenté des pièces du théâtre anglo-saxon d’aujourd’hui, qu’il a contribué à faire découvrir en France, à travers des mises en scène de Duncan Macmilllan, Alice Birch, Dennis Kelly, Robert Alan Evans, Nick Payne ou encore Sam Holcroft. En montant ce classique qui est l’une des pièces les plus jouées du dramaturge élisabéthain, il ne renonce cependant pas à un ancrage actuel. Il a en effet commandé à Clément Camar-Mercier une nouvelle adaptation et traduction, qui reprend à son compte et modernise la dimension triviale de la langue de Shakespeare, qui brouille les normes de genre et les hiérarchies de pouvoir entre les hommes et les femmes. C’est un songe ajusté à la jeunesse d’aujourd’hui. Truculente, exaltée, populaire, cette version actualisée du Songe est un joyeux divertissement, qui laisse place çà et là à la part inquiétante de la psyché, qui éclaire aussi des questions fondamentales sur ce qui constitue le désir. « Je voudrais que mon père voie avec mes yeux. » dit Hermia, que son père destine à Démétrius, qui est amoureuse de Lysandre.
Un tohu-bohu joyeux
L’amour nous soumet-il à une dictature du regard ? Le désir est-il un philtre d’amour qui drogue et rend obsessionnel ? Une construction sociale qui impose sa loi ? L’inconscient qui parle avec les yeux ? Lorsque Shakespeare perd les quatre jeunes amoureux dans une forêt ensorcelée, le chaos s’installe sous l’œil de la lune et celui des elfes, faisant naître les cruels tourments d’un rêve parfois cauchemardesque. D’un gris minéral et nocturne, la forêt est matérialisée par les lettres qui la composent, solides comme des troncs mais manipulables, avec un drôle d’accent circonflexe qui trône dans les hauteurs, semblable à un croissant de lune. Des lettres qui se renversent, qui déstructurent l’existant, installant un tohu-bohu où tout devient possible. Signe de la prise de pouvoir par la puissance de l’imaginaire, tout commence par le théâtre dans le théâtre avec une troupe de quatre comédiens-artisans aux visages cagoulés par un bas, un peu comme des bandits. Ce qui diffère du dialogue inaugural originel, au cœur de la cité d’Athènes, où la loi du pouvoir s’associe à celle des pères. En proie à la force de leur désir, les corps s’affirment, le jeu se déploie dans une physicalité assumée, volontiers burlesque. Les comédiens sont tous excellents. On retrouve des fidèles de la compagnie, dont Pierre-François Doireau, Maxime Guyon, Pauline Jambet, ainsi que Clémence Boissé, Maxime Crescini, Marion Lambert et Juliette Launay. Les mêmes interprètent les amoureux et les artisans. Dans cette mise à l’épreuve fantasmagorique, le suc magique de la scène révèle la ronde des désirs et l’instabilité des êtres, si différents, et si semblables.
Agnès Santi
en alternance, Tél. : 04 84 51 09 11. Durée : 2h. Spectacle vu au Théâtre vu au Théâtre de Chartres en mars 2026.
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