Claire Dancoisne présente BasiK InseKte, adaptation théâtrale de La Métamorphose de Franz Kafka
Fondé en 1986 par Claire Dancoisne, le [...]
Au Théâtre de la Colline, dans une mise en scène d’Alain Françon, Anouk Grinberg et Nicolas Repac créent un récital de mots traversés de musiques, à partir d’une sélection de textes d’art brut opérée par la comédienne. Un bijou de vérité poétique.
Il n’est parfois pas besoin de processus scénographiques mirobolants pour aller au cœur de ce que le théâtre a de plus inspirant. Certains artistes, évoluant sur un plateau nu, peuvent ainsi engendrer à la seule force de leur regard, de leur voix, de leur présence sur scène, de telles évidences. C’est le cas de la comédienne Anouk Grinberg et du musicien Nicolas Repac qui créent ensemble, dans une mise en scène en creux d’Alain Françon, Et pourquoi moi je dois parler comme toi, récital théâtral portant haut les paroles d’autrices et d’auteurs magnifiquement particuliers. Ces femmes et ces hommes souvent en marge de la société appartiennent au mouvement hétéroclite de l’art brut. Accompagnés de textes de poètes reconnus (Robert Walser, Emily Dickinson, Henri Michaux), les mots de Babouillec, Aloïse Corbaz, Samuel Daiber, Hernst Herbeck, Justine Python, Jeanne Tripier, Adolf Wölfli…, et de nombreux anonymes, fusent, virevoltent, réjouissent, surprennent, exprimant une gamme impressionnante de sentiments et d’émotions. Qui aime l’art brut — ce champ de création conçu par des artistes exempts de culture artistique, comme l’a défini dans les années 1940 le peintre Jean Dubuffet — est sans doute spécialement attentif à la fragilité et l’anticonformisme de certains êtres. A leur fougue aussi, liée à une forme indomptée de liberté.
Le besoin irrépressible de dire
Parmi ces âmes sensibles aux feux et aux vertiges des artistes bruts, celle d’Anouk Grinberg, qui s’empare de leurs textes en les arpentant de l’intérieur, sans surplomb, sans s’en amuser ou les envisager de façon ethnologique. En perpétuel mouvement, d’une générosité et d’une vérité bouleversantes, elle va de plain-pied avec des bouts d’existences qui semblent devenir la sienne, ouvrant les portes d’univers au-delà des mots. A ses côtés, Nicolas Repac use de divers instruments à cordes et de percussions, quelquefois d’un micro. Il offre un contrepoint musical d’une grande intelligence à la partition de la comédienne. Des voix nous parviennent. Des personnages prennent corps. Parfois joyeux, parfois tristes. Souvent en colère ou enflammés. Ils ont, toutes et tous, un besoin irrépressible de dire, de révéler ce qu’ils vivent et ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent, qui ils sont. Ces esprits pas comme les autres sont animés de fulgurances prodigieuses. Il y a quelque chose d’envoûtant dans les cris qu’ils lancent à la face du vide. Oubliés du monde, ces hommes, ces femmes, ces enfants se rappellent à notre mémoire. Anouk Grinberg leur prête sa grâce et son talent, eux aussi, hors du commun.
Manuel Piolat Soleymat
Du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h, le dimanche à 16h. Durée de la représentation : 1h10. Tél. : 01 44 62 52 52. www.colline.fr
* Les textes du spectacle sont réunis dans un ouvrage paru aux Editions Le Passeur.
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