La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Anne-Laure Liégeois

Anne-Laure Liégeois - Critique sortie Théâtre
Crédit : Philippe Raynaud de Lage Légende : « La metteuse en scène Anne-Laure Liégeois. »

Publié le 10 mai 2012 - N° 198

Corps bouleversés

Anne-Laure Liégeois crée à la Comédie-Française Une puce, épargnez-la de l’Américaine Naomi Wallace. Une écriture violemment contemporaine et sensuelle, avec pour cadre la peste londonienne de 1665.

« C’est l’occasion âpre de déchirements sociaux entre les nantis et les misérables. »

Comment avez-vous été séduite par Une puce, épargnez-la de Naomi Wallace ?

Anne-Laure Liégeois : J’aime cette écriture inventive, à la fois instinctive et savante. L’action se passe en 1665, une année de peste et de canicule ; l’Histoire est comme saisie par cette écriture contemporaine, inscrite dans notre monde. Le théâtre est fait de ce décalage temporel et poétique qui cible notre présent.

Quelle est cette dimension politique qui bascule d’un temps à un autre ?

A.- L. L. : La pièce, dont le titre insolite est issu d’un poème de John Donne du XVII é siècle, fait référence aux événements de Los Angeles de 1992 au cours desquels une révolte urbaine de « pauvres » s’est levée en menaçant lourdement les quartiers riches de Beverly Hills. Une époque d’émeutes, de sida, de peur de la contagion, de menaces et de troubles. Naomi Wallace fait allusion aux conflits et aux désirs qui sous-tendent les relations entre les classes, les genres, les générations. Je suis sensible à cette capacité poétique d’une écriture qui dégage la sensualité violente du monde en composant des images fortes ; et à la question politique de l’inscription sociale, de la lutte des classes, des relations de pouvoir, d’amour et de mort.

Que raconte la pièce ?

A.-L. L. : Un couple riche a perdu tous ses domestiques lors de la Grande Peste et attend, cloîtré dans sa demeure que surveille un garde, le temps de la quarantaine. S’incrustent séparément dans la maison un jeune homme et une jeune femme, pauvres tous les deux. L’enfermement est prolongé et des liens entre les prisonniers se nouent. C’est l’occasion âpre de déchirements sociaux entre les nantis et les misérables, de rencontres des corps dans le désir et la sensualité. Les enjeux de pouvoir et de sexe provoquent des bouleversements.

Quelles sont les spécificités de la Comédie-Française ?

A.-L. L. : L’atelier de costumes est une caverne d’Ali Baba ! On peut composer un tableau flamand avec une robe de belle matière, travaillée par une ruche de couturières. Ces vêtements classiques et raffinés se marient admirablement avec la langue de Naomi Wallace, puis tout se tord ; on entend la musique de Bach jouée avec acharnement. Je suis heureuse de cette réflexion esthétique sur la pièce qui continue La Duchesse de Malfi de Webster et prépare Macbeth de Shakespeare.

 

Propos recueillis par Véronique Hotte


Une Puce, épargnez-la, de Naomi Wallace, traduction de Dominique Hollier ; mise en scène de Anne-Laure Liégeois. Du 28 avril au 12 juin 2012, matinée à 14h, soirées à 20h30. Théâtre éphémère de la Comédie-Française. Jardin du palais-Royal, 75001 Paris. Tél : 0825 10 16 80 (0,15 euro la mn), www.comedie-française.fr  Texte publié aux Éditions Théâtrales.

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