La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Alors que j’attendais

Alors que j’attendais - Critique sortie Théâtre Paris Le Tarmac
Alors que j’attendais sera au Tarmac. CR : Didier Nadeau

Le Tarmac / de Mohammad Al Attar / mes Omar Abusaada

Publié le 27 septembre 2016 - N° 247

Portrait d’une Syrie entre l’espoir et le néant, Alors que j’attendais donne à voir autrement ce pays suspendu au-dessus du vide.

Que savons-nous d’une guerre civile vécue de l’intérieur ? Peu de choses peut-être. Et n’en faisons pas éternellement le reproche aux médias, toujours présumés coupables pour leur art d’effectuer des raccourcis. Interrogeons-nous aussi sur notre tendance à tenir à distance une situation qui nous échappe et nous effraie. Face à cette ignorance (relative et inégalement partagée), Alors que j’attendais, programmé dans le cadre du Focus Moyen-Orient du Festival d’Avignon et repris ici dans le cadre du Festival d’Automne, offre la possibilité d’ouvrir une fenêtre originale sur le devenir des Syriens après le printemps arabe, à travers une fable simple et surprenante. Pour qui l’aurait oublié, la Syrie, voisine du Liban, se situe aux confins de l’Occident et de l’Orient, et Damas se place comme sa voisine Beyrouth au carrefour de modes de vie différents qui rentrent ici en tension. En effet, dans cette pièce, tout au long d’une année au chevet de Taim, jeune habitant de la capitale mystérieusement tombé dans le coma après son passage à un checkpoint, l’entourage du jeune homme emporté par le cours tumultueux de l’Histoire se retrouve tiraillé, déchiré même, mais malgré ses lignes de fracture, continue à dialoguer.

« L’attente est notre univers ici »

Une mère qui se réfugie dans un rigorisme religieux, une sœur éprise de liberté qui tente de refaire sa vie en exil, un ami amateur de cannabis qui refuse de désespérer, voici quelques-unes des figures qui dressent un portrait complexe de la société damascène. Disons-le, on peine quelque peu à se laisser emporter dans cette histoire aux atours parfois didactiques. Le climat d’incertitude et d’impuissance qui fait dire à l’un des personnages : « l’attente est notre univers ici » a tendance à contaminer le spectacle tant le récit paraît parfois convenu et manquer de rythme. Omar Abusaada a opté pour une mise en scène sur deux niveaux permettant à Taim et à un compagnon d’infortune qui va faire office de DJ d’observer de ce « ciel sans Dieu » les évolutions d’une micro-société, reflet de toute une ville. Les changements de décor et de costumes se font à vue. Naturalisme et fantastique poétique cohabitent sans problème. Et l’usage de la vidéo permet de relater le bonheur plutôt que les événements dramatiques. Car ce qui au final demeure, et ne pourra manquer de toucher, c’est l’attachement de tous ces personnages à Damas, un attachement qui répercute celui de l’auteur, Mohammad Al Attar, resté en Syrie malgré la guerre et les menaces.

Eric Demey

A propos de l'événement

Alors que j’attendais
du Mercredi 12 octobre 2016 au Vendredi 14 octobre 2016
Le Tarmac
159 Avenue Gambetta, 75020 Paris, France

à 20h, le 15 à 16h. Tel. : 01 40 31 20 96. Durée : 1h30


Les 18 et 19 novembre aux bancs publics à Marseille. Du 24 au 26 au théâtre du Nord à Lille.


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