La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique /REPRISE

40° sous zéro, texte de Copi, mise en scène de Louis Arene, par le Munstrum Théâtre

40° sous zéro, texte de Copi, mise en scène de Louis Arene, par le Munstrum Théâtre - Critique sortie Théâtre Paris Le Monfort Théâtre
Le spectacle "40∞ sous zÈro" proposÈpar la Cie Munstrum ThÈ‚tre dirigÈe par Lionel Lingelser et Louis Arene rassemble deux textes de líauteur argentin Copi, "LíHomosexuel ou la difficultÈ de síexprimer" et "Les Quatre Jumelles"

Le Monfort/ texte de Copi / mise en scène Louis Arene

Publié le 25 mai 2021 - N° 290

Le Munstrum Théâtre présente deux pièces de Copi : L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer (1971) et Les quatre Jumelles (1973), unies sous le titre 40° sous zéro. Une réussite.

Quelle folie ! Quelle démesure ! Et quel talent ! Mettre en scène Copi aujourd’hui est un pari difficile, relevé par le bien nommé Munstrum Théâtre avec une éblouissante maestria et une jubilation de tous les instants. Ce que réalise cette jeune compagnie, c’est une forme singulière de dépassement du texte grâce à un alliage formidablement énergique condensant tous les artifices du théâtre. Comme une sorte de transe joyeuse malgré la mainmise de pulsions bestiales, dévastatrices et meurtrières. Le jeu et les corps dans l’espace font naître une multitude de situations loufoques qui s’enchaînent sans relâche, créant une partition vertigineuse où le sens, délesté de ses habituels attributs cartésiens, s’aventure dans des zones indéterminées, archaïques, primitives et brutes. Ce qui frappe aussi dans cette mise en scène, c’est une manière ténue et vive de faire surgir des moments de vérité au cœur de cette extravagance. L’image inaugurale superbe donne le la. Silhouette imposante, un personnage monstrueux et grandiose (François Praud) chante a capella Girls just want to have fun de Cyndi Lauper. Un rappel des revendications des années 1970 autant qu’un appel à la liberté pour tous, aujourd’hui. A l’image de la longue robe-couverture patchwork qui habille certains, Christian Lacroix mêle les époques et les styles dans les costumes qu’il crée, aussi excessifs et exacerbés que la parole de Copi. D’impressionnantes coiffes les accompagnent, conçues par Véronique Soulier-Nguyen.

Ici les morts se relèvent

Comme toujours dans le travail de cette compagnie, des masques comme une seconde peau accentuent l’étrangeté des êtres, la perte d’identité, créant au-delà du genre. Les deux pièces ont en commun le froid extrême – la Sibérie pour L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer et l’Alaska pour Les quatre Jumelles – et l’enfermement, signifié par de hauts murs qui s’effaceront pour rendre visibles la cage de scène et un rideau de théâtre bancal, déglingué, mais toujours là. Toujours là pour les exilés fuyant l’oppression et amoureux de la liberté de la scène. Copi a quant à lui choisi un rapprochement transgressif assemblant le rire et la mort. Dans un univers post-dramatique déchiré par toutes sortes de conflits qui ne se résolvent jamais, le corps est un terrain d’affrontements inlassables. La mise en scène joue de ces contrastes et tensions entre cruauté et drôlerie, kitsch et sublime. Froid oblige, la soupe que prépare Madre à sa supposée fille Irina dans L’Homosexuel n’est pas faite avec de petits légumes, mais préparée à grands coups de serpe dans… un ingrédient poilu. Très poilu aussi, le chien de la maison qui a de drôles de manières d’être proche avec ses maîtres. Parfois affublés d’étranges prothèses, avec à leurs pieds geta japonaise, chaussures de ski, cothurnes queer, patins à glace ou chaussures des années 1950, les comédiens –  Louis Arene, Lionel Lingelser, Sophie Botte, Delphine Cottu, Olivia Dalric, Alexandre Éthève et François Praud – impressionnent par la vivacité, la précision et l’énergie physique de leur jeu. Invité sur la scène, le Paradis blanc de Michel Berger (une très belle chanson) télescope un cauchemar rougi d’hémoglobines. Mais un cauchemar étonnamment joyeux, empli d’un furieux désir de vivre. Avec une  très belle scène finale…

Agnès Santi

*Lire notre critique La Terrasse n°272

A propos de l'événement

40° sous zéro, texte de Copi, mise en scène de Louis Arene, par le Munstrum Théâtre
du Jeudi 3 juin 2021 au Dimanche 13 juin 2021
Le Monfort Théâtre
106 Rue Brancion, 75015 Paris

Informations pratiques



du 3 au 13 juin 2021


 


Jeudi 3 juin à 18h30

Vendredi 4 juin à 18h30

Samedi 5 juin à 17h

Dimanche 6 juin à 16h

Mardi 8 juin à 18h30

Mercredi 9 juin à 20h30

Jeudi 10 juin à 20h30

Vendredi 11 juin à 20h30

Samedi 12 juin à 20h30

Dimanche 13 juin à 16h


grande salle


durée 1h40



Tarifs



TARIF B (de 5€ à 25€)



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