Avignon - Entretien / Gérard Gelas

Le Chêne noir, toujours aussi vert…

Crédit photo : Manuel Pascual

Théâtre du Chêne Noir / Migraaaants (On est trop nombreux sur ce putain de bateau) / de Matéi Visniec / mes Gérard Gelas

Le Chêne Noir a cinquante ans. A sa tête, Gérard Gelas ne lâche rien de ses indignations et de ses rêves, et présente cette année la pièce que vient d’écrire Matéi Visniec sur passeurs et migrants, pour lutter contre l’indifférence et l’indécence.

 « La mission du Chêne Noir, c’est de tout faire pour péter le plafond de verre. »

Quel est le sujet de votre nouvelle pièce ?

Gérard Gelas : Quand j’ai reçu ce texte de Matéi Visniec, j’ai su dès la première lecture que je le monterai. Sur un sujet très difficile, Matéi a écrit une pièce très forte, en déjouant un certain nombre de pièges. Il parle des migrants bien sûr, mais focalise sur les passeurs et sur ce que vivent les migrants avec eux. Il n’est pas question du passé des migrants, ni de ce qui leur arrive après : c’est une pièce sur le passage et le pur business qu’est le système des passeurs, chose qu’on banalise, en oubliant que nombre d’entre eux devraient être en tôle depuis longtemps ! On découvre donc ce qui précède le voyage, la façon dont on traite les migrants en faisant miroiter une France qui n’existe pas. Ils partent dans un rêve pour découvrir le cauchemar. C’est une tragédie d’aujourd’hui.

Comment la pièce est–elle écrite ?

G. G. : C’est une écriture discontinue, créant une suite de tableaux avec des personnages dont certains sont récurrents, en particulier le passeur et une petite migrante asiatique, personnage muet que j’ai ajouté, qui fait le lien entre les tableaux et représente tous les migrants. On passe de la Serbie à l’Afrique, de l’île de Lesbos aux salons du pouvoir, où un Président de la République prononce un discours sur les migrants en cherchant les bons mots pour parler d’eux : c’est à mourir de rire et en même temps infiniment triste. Tout le texte est à l’avenant : bourré d’humour et effroyable.

Le Chêne Noir fête ses cinquante ans cette saison…

G. G. : Cinquante ans ! Que dire ? On ne peut pas résumer. Je peux dire Le Chêne à l’origine du Off en même temps que Benedetto aux Carmes, 68, l’interdiction de jouer, le succès foudroyant ; je peux dire Terzieff, Roger Blin, Ferré, Mnouchkine nous accueillant au Théâtre du Soleil, et tous ceux qui nous ont fait confiance. Et en même temps, cela ne suffit pas. C’est une belle histoire mais ça n’a pas été une histoire facile. C’est une histoire d’indépendance. Encore aujourd’hui, on prend des coups, on n’a pas assez de fric, mais on s’en fout ! L’important, c’est de toucher le plus large public, même si on sait qu’on ne touche pas tout le monde. Evidemment qu’il n’y aura jamais que des ouvriers dans la salle, et Jean Vilar lui-même le savait bien, mais la mission du Chêne Noir, c’est de tout faire pour péter le plafond de verre. J’aime assez ce métier pour n’avoir pas cédé devant tout ce qui pèse, les chapelles, les modes, en gardant la ligne d’un théâtre populaire et intelligent, à la portée de tous. Alors, évidemment, je peux parler de nos succès à Paris, du récent protocole d’accord entre le Chêne Noir et le Théâtre national de Chine à Pékin, mais le plus important, à mes yeux, c’est le Chêne Noir à Champfleury, lorsque nous y avons créé Migraaaants, dans une salle archipleine.

Pourquoi ce nom de Chêne Noir ?

G. G. : Le Chêne vert, c’est la Méditerranée, celle dont je suis profondément et qui, aujourd’hui, n’est plus que douleur. Le Chêne, c’est l’arbre, les racines et le ciel. Le Chêne Vert, c’est aussi le nom du quartier d’où je viens, de l’autre côté du Rhône. Et si mon chêne est noir, c’est parce que c’est la couleur des anars et celle des « forces noires du théâtre » qu’évoque Artaud. C’est la seule richesse de ma jeunesse, et c’est ça je crois le plus important, et que nous partageons avec toutes ces compagnies de théâtre qui, partout sur le territoire, n’ont pas les moyens de leur travail pourtant remarquable, qui croient au théâtre, et donnent à parler et à s’écouter. C’est ça qui définit le théâtre que nous faisons : vouloir à tout prix et sans prix.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Migraaaants (On est trop nombreux sur ce putain de bateau)
du Vendredi 7 juillet 2017 au Dimanche 30 juillet 2017
Avignon Off. Théâtre du Chêne Noir
8 Rue Sainte-Catherine, 84000 Avignon, France

à 17h15 (relâche les 10, 17 et 24 juillet). Tél. : 04 90 86 74 87.


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