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Valse des chefs à Paris

Valse des chefs à Paris - Critique sortie Classique / Opéra
Après avoir dirigé les orchestres de chambre de Manchester et Winterthur, Douglas Boyd est désormais à la tête de l’Orchestre de chambre de Paris. Crédit : Jean-Baptiste Millot.

GROS PLAN / CAPITALE SYMPHONIQUE

Les orchestres parisiens vivent des saisons de transition, avec l’arrivée de nouveaux directeurs musicaux. Des périodes hautement excitantes !

Le mercato ne se limite pas au football. Dans le paysage mondial des orchestres symphoniques, la lutte est acharnée pour obtenir les chefs les plus convoités. Paris a longtemps eu du mal à jouer dans la cour des grands, avec ses auditoriums inadaptés et ses orchestres parfois routiniers. Mais les choses changent. La Philharmonie et l’Auditorium de Radio France offrent désormais des acoustiques de premier plan. Et les orchestres, grâce à l’arrivée d’une nouvelle génération de musiciens souvent plus motivés, font preuve de davantage d’engagement. Le reste est une affaire de gros sous – les salaires des directeurs musicaux sont toujours secrets, même si les structures qui les emploient fonctionnent avec l’argent public… Cette saison verra débuter deux nouveaux directeurs musicaux. Mikko Franck prend la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France, qui a achevé les années Myung-Whun Chung avec une réputation de dynamisme et d’écoute. Cet été, aux Chorégies d’Orange, on a pu entendre Mikko Franck diriger sa nouvelle phalange dans Carmen de Bizet. Le public a été quelque peu interloqué de voir ce jeune chef, dirigeant assis, privilégier l’intimité et la noirceur de la partition au détriment des effets spectaculaires et hispanisants. On tient là à coup sûr une personnalité singulière, loin des batteurs de mesure qui font (malheureusement) toujours carrière, et parfois même dans des formations prestigieuses. Il nous reste à  découvrir son approche stylistique du répertoire classique ainsi que ses goûts en matière de musique contemporaine. Une fois de plus, la Finlande, où enseigne le gourou de la direction, Jorma Panula, s’affirme comme une terre de chefs d’orchestre, d’Esa-Pekka Salonen à Sakari Oramo.

Mikko Franck et Douglas Boyd, Daniel Harding et Thomas Hengelbrock

L’autre arrivée très attendue est celle de Douglas Boyd à la tête de l’Orchestre de chambre de Paris. Les derniers concerts de cette formation, sous la direction de Thomas Zehetmair, nous avait laissés de marbre, tant en raison de la froideur violonistique que de la direction parfois maladroite. Ancien hautbois solo de l’Orchestre de chambre d’Europe, Douglas Boyd connaît sur le bout des doigts le répertoire des formations Mozart. Cet été, au festival anglais de Garsington, dont il est le directeur artistique, nous l’avons entendu diriger à la tête de l’Orchestre du festival un Cosi fan tutte de Mozart, d’une fraîcheur et d’une nervosité bienvenues (avec trompettes naturelles et petites timbales, of course !). S’il fut difficile de juger du travail de cohésion sonore (l’acoustique étant extrêmement sèche), ses choix de tempi étaient particulièrement judicieux. Mais Douglas Boyd ne compte pas s’investir uniquement sur le terrain artistique. En bon musicien anglo-saxon, il entend développer les actions culturelles, et ne pas confier ce type de concerts à des assistants, comme c’est encore trop souvent le cas dans les orchestres français. Il a face à lui un orchestre qui a été en grande partie renouvelé, prêt donc à se lancer dans l’aventure. Pour prouver enfin que Paris a réellement besoin d’un orchestre de chambre, même sur instruments modernes. La valse des chefs n’est pas fini pour autant ; cette saison est la dernière de Paavo Järvi avec l’Orchestre de Paris et de Daniele Gatti avec l’Orchestre national de Paris. Si l’on sait que le premier sera remplacé par un binôme constitué de Daniel Harding et Thomas Hengelbrock, le mystère plane encore sur le remplacement du second, du fait de récentes turbulences à la Maison de la Radio. On ne peut que leur conseiller de prendre pour modèle le choix des musiciens du Philharmonique de Berlin, qui ont élu en juin dernier Kirill Petrenko pour succéder en 2018 à Simon Rattle. Ils ont opté pour un chef à la gestique à nulle autre pareil, magnétique et même envoûtante, loin des baguettes impersonnelles représentées par les plus grandes agences londoniennes.

 

Antoine Pecqueur

A propos de l'événement

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