La Terrasse

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Théâtre - Critique

Urgent crier ! Caubère joue Benedetto

Urgent crier ! Caubère joue Benedetto - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Michèle Laurent Légende photo : Caubère joue Benedetto

Publié le 10 décembre 2011 - N° 193

Philippe Caubère interprète les textes d’André Benedetto et rend un magnifique hommage à l’homme de théâtre « admiré » et « adoré ». Un magistral exercice de piété filiale et artistique.

« Qui se souvient encore de Sandier ? », demande Philippe Caubère, présentant, parmi les textes qui composent son spectacle, le Magnificat écrit par Benedetto et dédié au critique de théâtre. Mais qui se souvient vraiment de Raimu, de Paul Préboist, de Vilar et Philipe, d’Artaud quand il était le Mômo ? Qui, dans la création contemporaine, est encore capable de ce travail d’anamnèse, qui nous éviterait de prendre de pâles copies pour des inventions géniales ? Qui se souvient que poétique et politique sont les deux faces du Janus théâtral, que le geste créatif peut être à la fois sacré et populaire, que Jean Vilar n’est pas uniquement le squelette ridicule d’une communion défunte, et qu’André Benedetto n’a pas seulement été le président du festival Off d’Avignon, mais un révolutionnaire flamboyant, beau comme Brando ? Philippe Caubère s’en souvient et nous le rappelle, de manière magistrale : non pas comme un professeur qui ferait la leçon, mais en véritable disciple, c’est-à-dire avec une maîtrise éblouissante de son art. Caubère ne propose donc pas un cours sur André Benedetto et les tumultueuses années 60, mais se fait créateur dans le sillage du créateur, en l’incarnant, l’imitant et le faisant revivre sur scène.
 
Passion théâtrale
 
L’accent, les gestes, les postures font renaître le poète et dramaturge, d’abord et avant tout comédien (comme l’était fondamentalement Vilar), capable de faire surgir sur scène les disparus, les morts, les êtres imaginaires, ou les exilés du réel comme Antonin Artaud, que Caubère réussit également à convoquer, dans un ricanement hystérique de cordes malmenées par l’archet. Philippe Caubère est un acteur génial, doué de cet inexplicable talent qui lui permet de faire monter sur scène avec lui tous ceux qu’il évoque : il devient Benedetto en le jouant. Mais il n’oublie pas le paradoxe fondamental qui lui permet de quitter son personnage de manière aussi fulgurante qu’il l’a ressuscité, évoquant alors Fernand Raynaud, ou donnant corps et voix à Raimu et Paul Préboist, acteurs solaires, « acteurs-sud », comme les appelait Benedetto. Accompagné à la guitare par l’excellent Jérémy Campagne, Philippe Caubère interprète trois textes de Benedetto : un sur Vilar et Avignon, un autre sur Artaud et Marseille et un dernier dédié à Gilles Sandier. Des extraits des Poubelles du vent, recueil poétique, incantatoire et visionnaire, offrent à ces textes plusieurs contrepoints rock-and-roll et fiévreux, sur fond d’images remarquablement agencées par Nicolas Temple. L’ensemble compose une œuvre rare, précise, intelligente, émouvante et exaltante : un formidable geste d’amour théâtral.
 
Catherine Robert


 
Urgent crier ! Caubère joue Benedetto, textes d’André Benedetto ; adaptation, mise en scène et jeu de Philippe Caubère. Du 4 novembre au 31 décembre 2011. Du mercredi au samedi à 20h ; dimanche à 16h. Maison de la Poésie, passage Molière, 157, rue Saint-Martin, 75003 Paris. Tél : 01 44 54 53 00. Durée : 1h45.

A propos de l'événement



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