La Terrasse

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Théâtre - Critique

Une Maison de poupées

Une Maison de poupées - Critique sortie Théâtre
Crédit : Gregory Brandel Légende : « Une Maison de poupées : un combat pour s’extirper des normes sociales et familiales.»

Publié le 10 mai 2010

Dans une atmosphère compassée, Nils Öhlund visite Une Maison de poupées d’Ibsen à travers l’étouffement bergmanien de relations familiales saturées, contraintes et contrites.

Pour décor, une maquette d’appartement témoin, une Maison de poupées des années 60 au mobilier d’époque – skaï, bureau et abat-jour – avec une femme au foyer, stylisée Barbie- sveltesse de la ligne pour le pantalon d’intérieur et chignon sculpté Nouvelle Vague. En apparence, Nora (Olivia Brunaux) a tout pour « être heureuse », un mari Torvald (Féodor Atkine) qui vient d’accéder au poste prestigieux de directeur de banque. Dès qu’il peut se libérer de ses responsabilités, le banquier vient chez lui s’émouvoir de la complaisance insouciante de « sa » femme, une jolie mère enfantine. De son côté, le mélancolique Rank (Alexis Danavaras) à l’humour vif fait partie de la famille. De santé fragile, cet ami médecin fait une cour à la fois discrète et assidue à la maîtresse de maison qui s’en satisfait. Nora semble répondre à la vision toute masculine de la femme idéale, mièvre, figée, jeune et sexuellement attirante. Or, surgit à l’improviste Kristine (Emmanuelle Grangé) que Nora a perdu de vue. Travaillant par nécessité, cette amie de jeunesse est l’antithèse autonome de la femme d’intérieur, qui va l’aider à trouver un emploi. Dans le même temps, l’inquiétant Krogstadt (Bernard Mazzinghi) rend visite à Nora, liée à lui par des intérêts d’argent insoupçonnés.
 
Nora confinée à la fonction maternelle
 
Si Nora apparaît comme vulnérable, elle n’est ni passive, ni soumise. Une Maison de poupée (1879) est perçue au XIXème siècle comme un symbole de prison pour une femme capricieuse rêvant d’une liberté mythique. À la fin des années soixante, l’émergence du Mouvement de Libération des Femmes transforme les mentalités. Le regard visionnaire d’Ibsen s’attaque à l’autosatisfaction virile des faux tireurs d’élite que sont les hommes : ils prennent la femme pour une cible de fête foraine qu’on remporte comme un prix ou un trophée de guerre. Nora ne peut se contenter de jouer la poupée, confinée à la seule fonction maternelle auprès de ses enfants. Elle prépare son échappée des mailles d’un filet éprouvé comme une entrave. À la façon de Hans Bellmer, la femme libre dépèce sadiquement sa poupée Barbie d’antan, un double désuet, au-delà des films vidéo où les images muettes du bonheur familial laissent des traces douloureuses. La représentation trop fidèle dégage une atmosphère compassée. En attendant une perspective plus souple, saluons un travail minutieux.
 
Véronique Hotte


Une Maison de poupées, d’Henrik Ibsen ; traduction et mise en scène de Nils Öhlund. Du 6 au 22 mai 2010. Mardi 19h, du mercredi au samedi 20h, matinées exceptionnelles le 16 mai à 16h et le 22 mai à 15h. Athénée Théâtre Louis-Jouvet 17 rue Boudreau 75009 Paris. Réservation : 01 53 05 19 19. Durée : 2h05. Spectacle vu à L’Avant-Seine Théâtre de Colombes.

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