La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Satoshi Miyagi

Un théâtre universel

Un théâtre universel - Critique sortie Avignon / 2014 Barbentane Carrière de Boulbon
crédit : K miura

La Carrière de Boulbon/ Mahabharata - Episode du Roi Nala / texte et mise en scène Satoshi Miyagi

Le metteur en scène et directeur du Shizuoka performing Arts Center, Satoshi Miyagi, invité phare du festival, présente « son » Mahabharata concentré sur l’un des épisodes de la mythique épopée sanskrite, celui du Roi Nalacharitam. Inspiré des théâtres traditionnels japonais fondés sur la dissociation du logos et du pathos, de la parole et du corps,  le spectacle total, hybride, est une ode au métissage des cultures. 

Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène ce grand poème épique de l’Inde ? Et pourquoi cet épisode romantique en particulier ?

Satoshi Miyagi : Une particularité intéressante du Japon est sa tendance au métissage. Parmi toutes les cultures, les deux plus grandes civilisations de l’Asie, chinoise et indienne, ont exercé une influence considérable sur la culture japonaise. Il est donc probable que le Mahabharata ait pénétré la culture japonaise. Pourtant, à ma connaissance, aucun spectacle ni œuvre littéraire n’ont été directement influencés par ce texte. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de créer ce spectacle. L’épisode du Nalacharitam est comme une miniature de tout le poème épique tout en s’en distinguant radicalement. La guerre en est absente, et cette différence m’intéresse particulièrement. Du coup, l’action fait une place importante aux femmes. Dans le contexte qui est le nôtre, il me semble essentiel de faire porter l’accent sur l’activité du féminin pour ouvrir une nouvelle compréhension du monde.

Un seul conteur dit le texte des vingt-cinq comédiens évoluant sur scène, les interprètes sont parés de masques somptueux, vêtus des traditionnels costumes en papier japonais, et des percussions venues de tous les horizons musicaux servent l’extraordinaire vitalité du spectacle… En quels termes caractériseriez-vous votre mise en scène ?  

S.-M : C’est en voulant remonter jusqu’à la source des formes traditionnelles du théâtre japonais que nous avons créé Mahabharata. Je divise les comédiens en trois groupes : ceux qui agissent, ceux qui content et ceux qui jouent des instruments. Cette sorte de « division du travail » se trouve non seulement dans le nô, le bunraku et une partie du répertoire Kabuki mais aussi dans le kutiyattam indien. Avec cette mise en scène, les spectateurs sont invités à se plonger dans l’histoire de la manière la plus naïve : écouter en regardant les images. Et ce qui pourrait passer, aujourd’hui, pour le comble de la sophistication est, de mon point de vue, la manière de faire du théâtre la plus simple. Mais il ne s’agit pas seulement de reproduire le théâtre ancien tel quel, il s’agit de lui redonner vie en incorporant des formes actuelles de l’art dramatique contemporain, en insérant des moments où cette « division du travail » se brise.

Vous affirmez avoir voulu, avec cette création présentée pour la première fois au Musée National de Tokyo en 2003, renouer avec « la modestie des anciens ». Qu’entendez-vous par là ?

S.-M: Cette modestie, aux antipodes du fantasme qui consiste à croire que l’être humain est capable de tout contrôler, constitue le noyau même du Mahabharata. Et elle est au cœur du Nalacharitam qui, plus qu’un autre épisode, montre les limites du déterminisme et de son champ d’explication, en rejetant toute possibilité d’interprétation ; il est impossible d’appliquer le principe de causalité à l’existence même des êtres humains, ni à leurs actions, ni évidemment à leurs destins. Je pense qu’il faut se réapproprier le sentiment que dans la nature et sur terre, il y a certains mystères que les êtres humains ne seront jamais capables d’élucider. Pour traiter le Nalacharitam, une telle modestie est nécessaire.

 

Propos recueillis par Marie-Emmanuelle Galfré

A propos de l'événement

Mahabharata - Episode du Roi Nala
du Lundi 7 juillet 2014 au Samedi 19 juillet 2014
Carrière de Boulbon
Route de Boulbon, 13570 Barbentane, France

Festival d’Avignon. Carrière de Boulbon. Du 7 au 19 juillet à 22h, relâche les 9 et 16 juillet. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 1h50. Spectacle en japonais surtitre en français.


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur Avignon

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur Avignon en Scènes