Théâtre - Critique

Un mois à la campagne

Un mois à la campagne, dans une mise en scène d’Alain Françon. Crédit : Michel Corbou

Théâtre Déjazet / d’Ivan Tourgueniev, traduction Michel Vinaver / mes Alain Françon

Imposante, la mise en scène picturale d’Un mois à la campagne présentée par Alain Françon au Théâtre Déjazet donne vie et acuité à la pièce d’Ivan Tourgueniev. Au centre d’une distribution de haut vol, Anouk Grinberg fait vibrer toute la beauté de son art.

Dans Un mois à la campagne, pièce écrite en 1850 (dont Michel Vinaver signe une nouvelle traduction* pour ce spectacle), Ivan Tourgueniev met en lumière les emportements et les tourments intimes que peut faire naître l’inattendu de l’amour. Il dépeint les souffles d’une passion encombrante qui surgit, un été, dans l’existence cadrée d’une femme appartenant à la haute société russe. Anesthésiée par la monotonie d’un quotidien soumis aux usages des conventions sociales, Natalia Petrovna est ainsi prise d’un brusque regain de vie le jour où elle fait la connaissance de Beliaev, un jeune étudiant qu’elle a engagé comme précepteur, le temps d’un séjour à la campagne, pour s’occuper de son fils Kolia. Au contact de cet employé qui lui ouvre les portes d’un ailleurs, un monde aux multiples possibles se propose soudain à la mère de famille. Un monde au-delà des règles, des conditionnements, qui vient remettre en cause l’immobilisme d’un destin déjà accompli et révéler à elle-même une femme semblant ne s’être jamais réellement posé la question de la liberté, du libre-arbitre, du bonheur. Ce personnage qui envisage pour la première fois le chemin de l’individuation est interprété, dans l’imposante mise en scène présentée par Alain Françon au Théâtre Déjazet (le spectacle a été créé, en janvier dernier, au Théâtre Montansier de Versailles) par Anouk Grinberg.

Un appel de l’ailleurs, qui fait vaciller la raison

Ce qu’accomplit la comédienne dans le rôle de Natalia Petrovna est magistral. Tour à tour joyeuse, grave, piquante, douce, désarçonnée, batailleuse, espiègle…, Anouk Grinberg ne s’appesantit sur rien. Insolite et virevoltante, elle met en évidence les vérités de son personnage, explore toutes les nuances de l’instant pour en éclairer à la fois la fugacité et la profondeur. Se manifestent ainsi les états d’âme d’une femme qui – déstabilisée par la nouveauté de perspectives qui l’exaltent tout en la mettant en danger – tente de retrouver une forme d’équilibre. Et de sérénité. Pour compléter sa distribution, Alain Françon a réuni des interprètes eux aussi remarquables. Nicolas Avinée, Jean-Claude Bolle-Reddat, Laurence Côte, Catherine Ferran, Philippe Fretun, India Hair, Micha Lescot et Guillaume Lévêque donnent corps à la matière rayonnante de ce spectacle vif et délicat, aiguisé et spirituel. Déployant son art de l’essentiel, le grand metteur en scène fait émerger, sous des faux airs de classicisme, la densité de l’humain et la complexité des choses de l’existence. Rien n’est jamais superflu ou forcé dans ce travail d’orfèvre. La justesse, l’ampleur, la nécessité s’imposent ici en tout.

Manuel Piolat Soleymat

* Texte publié chez L’Arche Editeur.

A propos de l'événement

Un mois à la campagne
du Vendredi 9 mars 2018 au Samedi 28 avril 2018
Théâtre Déjazet
41 boulevard du temple, 75003 Paris.

Du lundi au samedi à 20H30. Relâche le dimanche. Tél. : 01 48 87 52 55. www.dejazet.com


Mots-clefs :, , , ,

A lire aussi sur La Terrasse

Théâtre - Critique

B. Traven

Frédéric Sonntag achève sa Trilogie fantôme [...]

B. Traven : En savoir plus

Recevez le meilleur
du spectacle vivant

Abonnez-vous gratuitement à notre newsletter pour recevoir chaque semaine dans votre boîte email le meilleur du spectacle vivant : critique, agenda, dossier, entretien, Théâtre, Danse, Musiques... séléctionné par la rédaction