Théâtre - Critique

Le Bonheur

Jean-Michel Noirey à la recherche du bonheur. Crédit : DR

Théâtre de Ménilmontant / texte, mise en scène et jeu Jean-Michel Noirey

L’acteur Jean-Michel Noirey revient sur les planches, seul en scène, avec un morceau de bravoure intitulé Le Bonheur. Un spectacle à la fibre autobiographique vivace et poétique.   

« N’ayons pas peur ». Avec cette invitation au dépassement de soi-même, Jean-Michel Noirey, tire le rideau sur « Le bonheur ». Auteur et interprète de cette « arlequinade », puisque c’est ainsi qu’il nomme cette promenade éruptive sur le terrain accidenté de l’eudémonisme, le comédien entraîne son public à le suivre dans les méandres d’une quête dont, d’entrée de jeu, il est clair que l’objet ne se décroche pas comme une timbale. La bouffonnerie est de mise qui permet de rire – et de se rire – des aléas de l’existence, quand il se prend lui-même comme sujet de prédilection de ce tempétueux monologue, écrit, comme il le confie, « au creux de la vague … quand tout vous semble impossible, perdu, que tout vous échappe, pour conjurer le sort, la déconvenue, la chute dans les nuits de la solitude, quand la force de crier n’existe plus, que la parole devient silencieuse». Mais le « désespoir » n’attend que d’être poétiquement transfiguré en « des espoirs », comme le spectacle nous invitera à l’entendre dans la tentative qui est la sienne : « essayer de rendre la souffrance lumineuse. Se dire que le bonheur, ça s’invente parce que la vie à elle toute seule et bien ça suffit pas ! ». Petits coups de trompette à l’appui, sa bouche tenant lieu d’instrument, l’acteur dont on sait l’âme musicienne lâche ses salves, comme autant de couplets touchant au vif du quotidien dans toute la largeur de ses gammes sur fond d’autodérision. Jeux de mots, détournements des poncifs, enlevées poétiques, traits humoristiques valsent au gré de digressions existentielles dans lesquelles chacun se reconnaîtra.

Du bonheur de jouer

 Avec cette humilité d’équilibriste, ce style de ne pas avoir l’air d’y toucher, Jean-Michel Noirey communique aussi sa joie de retrouver les planches dans la forme d’un seul en scène. Ce puzzle autobiographique est sans filets. Le comédien Franckie Avella, l’ami de longue date, déjà présent en début de carrière avec la troupe de l’Eden Théâtre, complice de la création du premier monologue « Maurice l’indomptable », cosigne en tant que collaborateur artistique la mise en scène épurée jusqu’à l’os de cette pièce gestuelle dont le cœur est la parole. Sur un petit tabouret en bois trône une bouteille de rouge, solitaire, compagnonne de route de la traversée du désert à laquelle, sporadiquement, s’abreuve le comédien. Un escabeau fera son apparition quand, à point nommé, Dieu lui-même sera interpellé. Comment la question du bonheur irait-elle sans toucher à celle du sens de nos petites promenades sur terre ? L’accent d’ailleurs est mis sur les éclairages. De la petite ampoule pendouillant dénudée, métaphore de la précarité de nos trop humaines lumières, aux lustres des projecteurs, le jeu des clairs-obscurs fait vivre l’espace scénographique conçu pour livrer le comédien à lui-même.

 Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens

A propos de l'événement

Le Bonheur
du Mardi 6 mars 2018 au Mardi 24 avril 2018
THEATRE DE MENILMONTANT
15, rue du Retrait, 75020 Paris.

Tous les mardis à 20h30. Tél : 01 46 36 98 60.


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