La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Emmanuelle Vo-Dinh

Tombouctou déjà-vu

Tombouctou déjà-vu - Critique sortie Avignon / 2015 Avignon Théâtre Benoît XII
Crédit : Laurent Philippe Légende : L’espace du théâtre sans cesse réécrit par Emmanuelle Vo-Dinh, façon déjà-vu.

Théâtre Benoît-XII / Chorégraphie Emmanuelle Vo-Dinh

Publié le 26 juin 2015 - N° 234

Emmanuelle Vo-Dinh ouvre le Festival d’Avignon avec une pièce de grande envergure, comme une histoire à construire et à déconstruire.

Cette création fait apparaître d’une certaine façon la notion de narration. Comment la développez-vous sur scène ?

Emmanuelle Vo-Dinh : Ce travail sur la narration est arrivé en 2012 avec la création de la deuxième partie d’un diptyque sur le masculin et le féminin, à propos de la figure de l’embrassement. Là, en interrogeant la figure de la répétition qui est au cœur de mon travail, un récit a très vite commencé à s’installer. J’ai eu envie de poursuivre ce travail en m’entourant d’une équipe composée de cinq danseurs, d’une comédienne et un comédien, dans une pièce rassemblant trois cycles. On y retrouve le cycle autour du « déjà-vu » avec une recherche sur la neurologie et les émotions, celui sur la répétition, et le dernier sur le corps et la voix. On peut dire que Tombouctou brasse autant le rapport à la répétition dans la structure, que le rapport à la voix puisque les danseurs ont une sorte de corpus vocal réutilisé en permanence. Le rapport aux émotions, très présent, se forge à l’intérieur d’une sorte de communauté qui se met à l’épreuve par l’intermédiaire de consignes de jeu.

« Une sorte de communauté qui se met à l’épreuve par l’intermédiaire de consignes de jeu. »

La pièce s’articule également autour d’une scène mère, qui est rejouée…

E. V.-D. : Oui, c’est ce que j’appelle le paysage blanc, une scène inaugurale, un paysage chorégraphique où les sept interprètes entrent dans un espace qui reprend fortement les éléments scénographiques du film de Lars Von Trier Dogville. On y perçoit des déplacements, des mots, une sorte de narration éclatée, absurde et bizarre. A la lecture d’une première consigne, les interprètes réinterrogent ce paysage, donnant à chaque fois une nouvelle possibilité d’interprétation à ce que l’on a vu précédemment. Chaque séquence correspond à une certaine résolution.

Qu’avez-vous voulu dire à travers cette idée de communauté ?

E. V.-D. : Il s’agit de montrer une communauté fusionnelle, qui s’aliène à travers des consignes. A l’intérieur de cette aliénation, comment trouver un espace de liberté, comment trouver sa place au sein de la communauté ? Des notions de pouvoir et d’humiliation entrent en jeu, et la noirceur de notre  nature humaine est davantage regardée que la beauté du monde ! Ce qui m’intéresse, c’est que les petits jeux cruels amènent les corps dans des états et vers des émotions extrêmes. A chaque fois, il y a ce besoin d’une échappée, qui ne s’exerce presque qu’individuellement, sous la forme d’une solitude.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Tombouctou déjà-vu
du Samedi 4 juillet 2015 au Mercredi 8 juillet 2015
Théâtre Benoît XII
12 Rue des Teinturiers, 84000 Avignon, France

Festival d’Avignon.  


à 18h. Tél. : 04 90 27 66 50.


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