La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Splendid’s

Splendid’s - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Mirco Magliocca Légende photo : Cristèle Alves Meira met en scène Splendid’s, de Jean Genet.

Publié le 10 octobre 2011 - N° 191

Cristèle Alves Meira imagine un dispositif scénographique original pour une occupation théâtrale totale de l’Athénée, qui perd en force, à cause d’une direction d’acteurs inaboutie.

La magnifique salle à l’italienne de l’Athénée, son rideau d’or, son lustre somptueux et ses sièges en velours constituent un écrin précieux. Son luxe et ses élégantes proportions sont utilisés de manière inattendue et intelligente par le scénographe Yvan Robin pour camper le décor de Splendid’s. Un carré scénique de quatre mètres de côté est installé au milieu de la salle ; les fauteuils sont redistribués tout autour. Les très belles lumières de Jérémie Gaston-Raoul éclairent le théâtre, des couloirs extérieurs au plafond, avec des effets chromatiques et chronologiques très réussis, suggérant à la fois le temps et la densité dramatique de l’intrigue. Cet investissement de tout l’espace convient particulièrement bien à la pièce de Genet, et évoque habilement le palace où, au cœur de la nuit, sept voyous en frac jouent la tragédie protéiforme du face-à-face avec la mort.
 
Une forme ambitieuse desservie par ses interprètes
 
Sadisme, lâcheté et trahison, folie, regret et jusqu’auboutisme suicidaire : les différents personnages interprètent toutes les figures de cette danse macabre. Ils modifient leur posture en changeant de partenaire : le chef devient victime expiatoire consentante, le doux se révèle cruel, l’otage se fait bourreau… Venant du mur de scène, surgissant des balcons, bondissant sur le ring central, circulant, l’arme à la main, entre les spectateurs, les comédiens s’emparent du théâtre que l’univers sonore, imaginé par Nicolas Baby, contribue à saturer d’angoisse. La radio annonce l’arrivée progressive des policiers qui entourent le palace ; la tension monte entre les complices qui dévoilent peu à peu leurs véritables visages et l’ampleur de leur folie. L’ingéniosité scénique et la finesse dramaturgique du travail de Cristèle Alves Meira prouvent une solide maîtrise de l’œuvre de Genet et des possibilités du théâtre. En revanche, sa direction d’acteurs demeure trop approximative. Les comédiens, très en force, ne parviennent pas à conférer à chaque personnage une couleur psychologique propre : lorsque leur jeu n’est pas insignifiant ou outré, il semble interchangeable. Dès lors, on a du mal à suivre l’évolution de l’intrigue, et l’écoute du texte est rendue difficile. Ce défaut d’interprétation est d’autant plus dommageable qu’il obère la qualité d’un spectacle qui serait, sinon, brillant.
 
Catherine Robert


Splendid’s, de Jean Genet ; mise en scène de Cristèle Alves Meira. Du 20 septembre au 8 octobre 2011. Mardi à 19h ; du mercredi au samedi à 20h ; matinées exceptionnelles le 2 octobre à 16h et le 8 à 15h. Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, square de l’Opéra Louis-Jouvet, 7, rue Boudreau, 75009 Paris. Réservations au 01 53 05 19 19. Durée : 1h20.

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