La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Chez Mimi

Chez Mimi - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Michel Marto/ Carole Benoist

Publié le 10 octobre 2011 - N° 191

Pétrie de louables intentions, Chez Mimi ne convainc pas. La comédie chantée, fruit d’une commande passée à l’auteur franco-algérien Aziz Chouaki par la Compagnie Minuit 01, reste au niveau d’un gentil divertissement.

Réaliste, minimaliste, le décor nous transporte dans un bistrot guinguette placé au cœur de la vie d’un petit village de Provence au début des années 60. Posé sur le zinc, un transistor crachote. Dalida s’envole sur les ondes. Le bulletin d’infos ouvre sur les « événements » en terre algérienne. Cette terre dont Mimi, la maîtresse des lieux, la cinquantaine enjouée, gros tempérament au grand cœur, est originaire. Elle l’a quittée par amour pour un français, Charles, devenu son mari. Un choix qui lui vaut d’être encore, plus de vingt ans après, rejetée par les siens et interdite de retour. De sa blessure, ravivée par l’actualité, elle ne veut rien montrer, rien dire, à tous ses habitués. Au comptoir se pressent, Ricky, le rockeur, pilier de bar a-politisé né pour fasciner les midinettes, Dédé, magasinier de son état, amoureux transi et jaloux pro Algérie française, Magali, sa jolie petite amie, dactylo candide et fraîche foncièrement dépourvue d’opinion et habillée de carreaux Vichy, Jacques, gratte papier instruit partisan de l’indépendance et fiancé à la très comme il faut Nathalie gouvernée par la peur. 

Un manque de profondeur

Les grands questionnements que soulève le microcosme mis en scène, fondés sur le thème du brassage socio-culturel, font écho aux nauséabondes et récentes controverses portées sur les devants de la scène médiatico-politique par la question de l’identité nationale. On comprend bien qu’il ne s’agit pas pour l’auteur de prolonger le débat ; l’intention étant libellée en ces termes par Chouaki : « poser un regard de tendresse sur l’identité, sur la singularité de l’identité ». Par ce biais compassionnel, habituellement servie par une plume aussi poétique qu’ironique, le dramaturge cherche une profondeur comi-tragique atteinte avec Les Oranges, Une Virée  ou encore Les Coloniaux. Avec Chez Mimi, l’intrigue se perd dans l’anecdotique. Les personnages eux-mêmes manquent singulièrement d’épaisseur, exception peut-être de Mimi, servie par Rayhana, auteur par ailleurs de la comédie remarquée, « A mon âge je me cache encore pour fumer ». La mise en scène de Frédérique Lazarini, soucieuse de mettre du liant en ponctuant l’enchaînement des scènes de chansons en vogue à l’époque, ne peut pallier ces défaillances. Pas plus que le jeu des acteurs. Trop inégal.

Marie-Emmanuelle Galfré


Chez Mimi, de Aziz Chouaki ; mise en scène de Frédérique Lazarini. Du 7 septembre au 30 octobre 2011. Du mercredi au samedi à 19h30 ; le dimanche à 15h. Vingtième Théâtre, 7, rue des Plâtrières, 75 020 Paris. Tél : 01 43 66 01 13.

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