La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Snakeskins

Snakeskins - Critique sortie Danse

Publié le 10 juin 2012 - N° 199

La création de Benoît Lachambre fait l’ouverture du festival June Events, suite à une résidence à l’Atelier de Paris. Une pièce protéiforme, comme une fenêtre ouverte sur un univers singulier, dans lequel le danseur interagit avec un environnement mouvant et mystérieux.

Snakeskins embarque le spectateur dans un jeu de piste qui débute avant même la représentation : qui sont ces deux hommes, affairés à un étrange jeu de construction ? Ils s’essayent à un puzzle sur le corps et sur un panneau vertical, devant un public qui arrive au compte-gouttes. Leur manège s’achève lorsque l’image apparaît : la photographie du portrait peint d’un amérindien sur un mur, avec en ligne de fuite un gamin, son ballon de basket sous le bras. Cette image accompagnera Benoît Lachambre tout au long de son périple, dans un solo qui dit faussement son nom. Là encore, le chorégraphe brouille les pistes, incapable de faire fi de sa relation avec le musicien Hahn Rowe, ou de la présence mystérieuse de Daniele Albanese qui finit par endosser, sur le tard, le costume de danseur. Car Snakeskins est bien une affaire de costumes, de peaux que l’on épluche telles les couches d’un oignon, et qui révèlent, tout au long du spectacle, les facettes d’un personnage dont le corps frémit à chaque nouveau bouleversement. La scène se déploie comme un tableau, où des dizaines de drisses tendues figurent un point de fuite en fond de scène. Le danseur, d’abord harnaché, propulse son corps dans un jeu de poids et de contrepoids, en lutte contre lui-même. De cette scénographie, très formelle, Benoît Lachambre en fait un terrain de jeu, allant jusqu’à exploiter les différents niveaux, et l’expérience de la chute.

Art de la transformation

Snakeskins est une pièce étonnante, voire déroutante, à plusieurs égards. Le chorégraphe nous fait passer d’un état à un autre, expérimentant différentes façons de se confronter à son environnement. On reconnaît l’infinie présence du danseur à lui-même, mais aussi sa façon d’aborder le mouvement de l’intérieur comme de l’extérieur. Il nous promène dans sa manière de déséquilibrer les choses, de se cacher tout en révélant l’autre, de s’extraire d’une condition qu’il a lui-même créée, de pleurer ou de rire de la gravité de la situation… Benoît Lachambre excelle dans l’art de la transformation, il se métamorphose ainsi que l’espace autour de lui lorsqu’il agit sur les drisses en provoquant d’étranges vagues de lumières. Bien moins abstraite, la présence de la photo, même s’il on en devine l’importance, reste cependant énigmatique. Elle nous accompagne, du prologue jusqu’à ce que l’espace de la scène se libère de ses artifices, sans délivrer tous ses secrets. Snakeskins partage la soirée avec la création du Groupe Entorse, [àut], à découvrir après l’excellent Accidens (ce qui arrive) programmé l’année dernière dans June Events.

 

Nathalie Yokel


Les 7 et 8 juin 2012 à 21h au Théâtre de la Tempête. [àut], du groupe Entorse, à 19h30 à l’Atelier de Paris. Cartoucherie, route du champ de manœuvre, 75012 Paris. Tel : 01 417 417 10. Spectacle vu dans le cadre du Kunstenfestival à Bruxelles.

A propos de l'événement

Théâtre de la Tempête / Chorégraphie Benoît Lachambre

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