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opéra - critique

« Siegfried » : Calixto Bieito et Pablo Heras-Casado signent un troisième volet réussi pour leur Tétralogie

« Siegfried » : Calixto Bieito et Pablo Heras-Casado signent un troisième volet réussi pour leur Tétralogie - Critique sortie Classique / Opéra Paris Opéra national de Paris - Opéra Bastille
Ilanah Lobel-Torres (L’Oiseau de la forêt) et Andreas Schager (Siegfried) dans Siegfried, mis en scène par Calixto Bieito à l’Opéra Bastille. © Herwig Prammer / OnP

de Wagner / mes Calixto Bieito / direction musicale Pablo Heras-Casado

Publié le 19 janvier 2026 - N° 339

Trouvant un bel accord entre la scène et la fosse, et s’appuyant sur distribution remarquable, Calixto Bieito et Pablo Heras-Casado signent un troisième volet réussi pour leur Tétralogie.

« Une forêt », « une forêt profonde ». Wagner, dans son livret, situe ainsi les deux premiers actes de Siegfried. Quand le rideau se lève, la forêt s’impose, dense, menaçante ; elle occupe toute la scène. C’est une sorte d’Éden à l’envers – les cimes pointent vers le sol – où le soleil n’entrerait pas, peuplé de silhouettes fantomatiques, parcouru d’apparitions fugitives. C’est une forêt infranchissable et durant tout le premier acte, l’action reste en lisière. On ne verra pas Wotan (le Voyageur) traverser la forêt : il apparaît. Au deuxième acte, Siegfried ne s’avancera pas dans dans son cœur sombre : c’est la forêt qui s’ouvre devant lui. Cela a un impact musical fort : les personnages surgissent au moment même où résonne leur voix. Et comme le Siegfried d’Andreas Schager et le Wotan de Derek Welton sont particulièrement en voix, l’effet n’en est que plus saisissant.

Idées fortes et discontinuité

Cette quasi-absence de mouvement des personnages a pour corollaire une certaine discontinuité dans la narration. De scène en scène, Calixto Bieito pose des idées fortes. Ainsi quand, au début de l’acte II, Alberich rencontre le Voyageur, est-il en train d’accoucher l’un de ces êtres étranges qui peuplent la forêt ; cette invention du metteur en scène prendra tout son sens à la scène suivante quand Siegfried, découvrant la femme gisant et revivant sa propre histoire, se lamentera : « Toutes les mères meurent-elles par la naissance de leur fils ? ». Sur fond de forêt, Calixto Bieito découpe des inserts presque cinématographiques, tout en employant un artisanat de théâtre qui ne cherche pas particulièrement à suspendre l’incrédulité, mais produit des images marquantes (le dragon Fafner, à la fois être et machine, l’envol de l’Oiseau des bois, d’un jaune éclatant). Le chef Pablo Heras-Casado semble exactement sur la même ligne : il renonce à une poussée dramatique constante, mais propose à chaque scène, à chaque leitmotiv, un impressionnant jeu d’articulation et de nuances – l’accompagnement de Wotan, tout en clarté et en contrepoint, crée comme un halo autour du personnage . Au troisième acte cependant, la musique se fait plus dense, plus directe. Il faut dire qu’alors le renversement scénique est radical : la rencontre de Siegfried et Brünnhilde – protégée ici par un mur de glace plutôt qu’une barrière de feu – se fait dans un cadre de lumière d’une blancheur éclatante. Le duo final d’Andreas Schager et de la soprano Tamara Wilson est d’une énergie brûlante, conclusion d’une soirée où la distribution s’est montré solide, cohérente et d’une grande élégance vocale de bout en bout : Gerhard Siegel donne toute sa complexité au rôle de Mime, Brian Mulligan est un Alberich inquiet autant qu’inquiétant et Marie-Nicole Lemieux affiche une présence vocale fascinante dans le rôle d’Erda, qui paraît dès lors trop court. Enfin, la jeune Ilanah Lobel-Torres, membre de la troupe de l’Opéra, en Oiseau de la forêt, accorde parfaitement sa voix aux beautés des solistes de l’orchestre.

Jean-Guillaume Lebrun

A propos de l'événement

Siegfried
du samedi 17 janvier 2026 au samedi 31 janvier 2026
Opéra national de Paris - Opéra Bastille
Place de la Bastille 75012 Paris

Les 21, 28 et 31 janvier à 18h, le 25 janvier à 14h heures. Durée : 5 heures 10 avec 2 entractes.  Tél. : 08 92 89 90 90.

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