La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Serge Valletti

Serge Valletti - Critique sortie Théâtre
Crédit Photo : Frédéric Auerbach

Publié le 10 décembre 2008

Tirer les fils de l’imaginaire

Saint Elvis nous ouvre la vie d’un homme qui se prend pour Elvis Presley. Créée pour la première fois par Charles Tordjman en 1990, la pièce de Serge Valletti est aujourd’hui mise en scène par Olivier Werner, au Théâtre de l’Est parisien.

Comment vous est venue l’envie d’écrire une pièce autour de la figure d’Elvis Presley ?
Serge Valletti : Avant d’être la mienne, cette envie était celle de Charles Tordjman, qui avait pour projet de présenter sur scène une adaptation du roman d’Eugène Savitzkaya — Un Jeune homme trop gros(1) —, roman qui réinvente la vie d’Elvis Presley. Il m’a alors demandé si je pouvais transposer cette œuvre pour le théâtre. Mais, après l’avoir lue, le travail d’adaptation m’a paru beaucoup trop complexe. J’ai décliné son offre et il m’a proposé d’écrire moi-même une pièce sur l’icône du rock’n’roll. C’est ainsi qu’est née Saint Elvis, un texte mettant en jeu trois personnages qui jouent et rejouent les rôles d’Elvis Presley, de sa mère — Gladys — et de son impresario — le Colonel Parker.
 
Les identités de ces protagonistes naviguent sans arrêt entre fantasmes et réalité…
S. V. : Oui, on ne sait jamais vraiment qui est qui. On peut toujours se dire que le personnage central est bien Elvis Presley, qui se prend pour un fan, ou alors ­un fan, qui se prend pour Elvis Presley. Et, c’est la même chose pour la Mère et le Colonel. Tout s’enchaîne comme si l’étrangeté et l’ambiguïté de cet Elvis contaminaient son entourage. Cette pièce fait ainsi entrer sur scène la notion de spectacle dans le spectacle. Elle tente de creuser la problématique de la représentation en donnant corps à une forme de folie. Car, évidemment, Elvis, Gladys et le Colonel Parker étant morts, les protagonistes qui apparaissent dans la pièce ne peuvent être que des êtres anonymes jouant à ressembler à ces personnages célèbres.
 
Vous êtes à la fois auteur et comédien. Quel lien faites-vous entre ces deux formes d’expression artistique ?
S. V. : Si j’ai un jour commencé à écrire, c’est pour m’inventer de la parole, pour créer des textes destinés à être dits par l’acteur que je suis. J’ai écrit ma première pièce en 1969, alors que j’étais encore au lycée. Pendant près de 20 ans, l’auteur Serge Valletti est ainsi resté caché derrière le comédien du même nom. Finalement, ce n’est que lorsque d’autres artistes ont mis en scène mes textes que j’ai vraiment eu l’impression de devenir un auteur.
 
« Si j’ai un jour commencé à écrire, c’est pour m’inventer de la parole. »
 
N’envisagez-vous donc votre écriture qu’à travers le prisme de la scène ?
S. V. : En ce qui concerne mes pièces, oui, car j’écris vraiment des mots à dire, des voix qui n’ont pas vocation à être lues mais entendues. Mes pièces sont faites pour entrer par les oreilles, pas par les yeux. Je comprends parfaitement lorsque quelqu’un m’avoue avoir du mal à les lire. J’écris comme j’ai l’impression que l’on parle dans la vie, avec toutes les digressions par lesquelles on passe, toutes les parenthèses que l’on ouvre sans parfois les refermer. Une histoire en amène toujours une autre : je tire le fil de l’imaginaire et laisse les choses venir naturellement. L’important, c’est de tenir le récit pour parvenir à conserver l’attention du public. Finalement, pour moi, écrire, c’est toujours un peu essayer de faire l’intéressant, inventer des mots pour que l’on continue à m’écouter. D’ailleurs, lorsque j’écris, je me mets à la place du spectateur et non à celle du comédien. Je n’invente pas depuis le plateau, à partir d’improvisations qui naîtraient sur la scène. Pour moi, le jeu et l’écriture sont deux activités totalement séparées, des activités qui se fondent sur des énergies radicalement différentes. Quand je joue, j’ai une propension à la fête, à la joie, à la légèreté… Quand j’écris, je suis moins expansif, beaucoup plus solitaire.
 
Quelle place le rire occupe-t-il dans votre écriture ?
S. V. : Une part très importante. Car, lorsque je dis que j’essaie de faire l’intéressant, c’est pour que l’on m’écoute, mais aussi pour faire rire. Le comique est d’ailleurs une façon immédiate de s’assurer que les spectateurs sont toujours avec vous, qu’ils sont accrochés à l’histoire que vous êtes en train de leur raconter. C’est un moyen très concret de communiquer avec eux. Bien sûr, lorsque l’on joue des textes plus dramatiques, certains silences en disent également beaucoup sur ce que ressent le public. Mais, ma tendance naturelle a toujours été de vouloir faire rire.
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


(1) Les Editions de Minuit, 1978.
 

Saint Elvis, de Serge Valletti (texte édité par L’Atalante) ; mise en scène d’Olivier Werner. Du 4 au 20 décembre 2008 et du 7 au 9 janvier 2009. Les mercredis et vendredis à 20h30, les jeudis et samedis à 19h30. Relâche les lundis, mardis et dimanches, ainsi que le samedi 13 décembre. Représentation supplémentaire le dimanche 7 décembre à 15h00. Théâtre de l’Est parisien, 159, avenue Gambetta, 75020 Paris. Réservations au 01 43 64 80 80.

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