La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Sept secondes/In God we trust

Sept secondes/In God we trust - Critique sortie Théâtre
Photo : Brigitte Enguerand De jeunes comédiens fustigent l’Amérique de Bush (Margot Segreto, Vanille Fiaux, Moanda Daddy Kamono, Julie Moreau, Mohand Azzoug, Olivier Dupuy)

Publié le 10 avril 2008

Stanislas Nordey signe un retour vigoureux du politique avec l’engagement scénique de la parole de Falk Richter, réactive à l’idéologie guerroyante de l’Amérique simpliste de Bush.

Dans Sept secondes/In God we trust, la nouvelle création scénique de Stanislas Nordey, procès est fait de l’état de notre monde, divisé entre pays en paix et pays en guerre, entre bons et méchants, à l’intérieur d’une société démocrate de spectacle généralisé. La performance met directement au banc des accusés l’Amérique de Bush, enferrée dans son intervention belligérante en Irak, à travers la parole proférée et perforée, texto et SMS, de l’Allemand Falk Richter. Le spectateur devrait bondir de son siège car il est aussi l’assaillant assailli, complaisamment passif et coupable depuis sa vieille Europe. Citoyen téléspectateur obnubilé par le petit écran qui déverse les violences planétaires d’une drôle de façon, il reste paralysé devant des images chaotiques de sang, de meurtre et de mort. Une attitude proche de celle de Brad, le pilote de l’avion dont les bombes depuis le cockpit mettent Sept secondes avant d’exploser au sol. Brad joue sur son ordinateur de bord en ado qui clique sur jeux vidéo, avec écran lumineux et dessins graphiques.

La mission est un objectif excitant pour ces guerriers chirurgicaux
C’est un de ces pères de famille qui décollent la nuit depuis leur porte-avion en larguant leur matériel de guerre high-tech avant de revenir à l’aube pour s’installer devant la TV, aller au fitness et envoyer des mails à leur famille restée au pays. La mission est un objectif excitant pour ces guerriers chirurgicaux des temps modernes qui n’entendent ni les cris d’horreur ni ne voient les blessures, la fumée, le feu propagé : « Un impact, un crash, une explosion… Une maternelle, une école, une église, un hôpital, une usine chimique… » Anne-Sophie Sterck joue à la basse électrique quelques mesures de l’hymne américain, The Star-Spangled Banner, improvisé et glorieusement distordu par Jimi Hendrix. Ce refrain d’un chant solennel en l’honneur de la patrie et de ses défenseurs, réinventé dans la dérision, se fait l’écho quarante ans plus tard d’une triste actualité. Si ces Américains engagés avaient pu être de brillants hackers, ils ne sont que des fighters et la surconsommation aidant, des loosers inhalant de l’éther à leur retour de guerre, pour avoir voulu frapper avant qu’on ne les frappe. La bande d’acteurs de Nordey sévit aussi de son côté, mais à bon escient, sur un plateau TV, éblouissant de lumières blafardes. Ils assènent magnifiquement leur juste indignation, blâmant, exécrant et honnissant l’insoutenable bêtise de l’être. Du théâtre actif.
Véronique Hotte


Sept secondes/In God we trust

De Falk Richter, traduction de Danielle de Boeck, mise en scène de Stanislas Nordey, 20h30 du 18 mars au 27 avril 2008, dimanche 15h30, relâche lundi et du 6 au 14 avril au Théâtre du Rond-Point 2bis, avenue Franklin D.Roosevelt 75008 Paris Tél : 01 44 95 98 21 www.theatredurondpoint.fr

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