La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Roméo et Juliette

Roméo et Juliette - Critique sortie Théâtre
Mention photo : DR Légende photo : Une belle énergie dans ce Roméo et juliette avec les acteurs du jeune théâtre national

Une adaptation concentrée de Benoîte et Pauline Bureau qui actualise et met à distance le drame, au cœur d’un monde incohérent.

Souvent qualifiée de tragédie de jeunesse, à certains égards imparfaite, Roméo et Juliette demeure pour l’éternité l’histoire de deux amants pétris d’un amour absolu, tutoyant la mort dès le début de leur histoire. Deux adolescents immatures, irréfléchis, fonceurs, emplis de désir l’un pour l’autre, comme si la passion enfin pouvait donner un sens à un monde de violence et de haine, sans cohérence et sans chaleur. Le champ social est tout entier occupé par la haine que se vouent les Capulet et les Montaigu. Le champ intime est contaminé par cette haine : les jeunes s’en gargarisent, se provoquent et parfois se tuent. Les personnages communiquent mal, se heurtent, s’invectivent, fuient sans cesse. La pièce est concentrée autour de cette jeunesse qui se cherche, – une jeunesse d’aujourd’hui -, face à des adultes inopérants ( la mère de Juliette, souvent un verre à la main), voire parfois violents ( son père), ou décevants ( Nursy, sa nourrice qui à un moment critique étonnamment lâche Juliette alors qu’auparavant elle l’a toujours soutenue). La traduction modernise et actualise la langue, et les personnages sont moins nombreux. Ici pas de serviteur, mis à part Nursy, personnage hautement comique, d’emblée complice avec le public, faisant le lien entre les deux clans et les protagonistes. Le chœur du Prologue qui annonce l’histoire, c’est elle : un homme en talons aiguilles, avec robe de velours rouge et frac noir, une incohérence reflétant bien l’incohérence de tout un monde, atomisé, fragmenté, manquant d’unité et de vision.

Le théâtre comme miroir du monde !
La scénographie aussi prend le parti de la fragmentation et d’une modernisation qui ne font qu’accentuer la perte de raison du monde, l’affirmation de désirs mortifères. Une sorte de désespérance est à l’œuvre. Frère Laurent même, seul personnage agissant pour le bien, est bien maladroit. Une autre idée actualise la pièce : l’histoire est ponctuellement présentée par un reportage TV, une journaliste très pro introduit son sujet, qui se termine à chaque fois par un commentaire du Prince. Physiquement présent dans le texte original, il n’apparaît ici qu’à l’écran. Le politique devient donc purement médiatique, et cette sur-exposition distancie l’action. Là est aussi la tragédie, dans cette mise à distance, et dans cette incommunicabilité entre des personnages emmurés, prisonniers du désir, ou confondant le pouvoir et l’amour. Dans ces conditions, la représentation du drame, connu de tous, est une gageure ! Les acteurs du jeune théâtre national investissent la scène avec une belle énergie, avec émotion. Le couple d’amoureux adolescents – star-crossed : contrarié par les étoiles, à savoir le hasard, l’héritage de la haine… -, avance vers la mort. Et la pertinence de l’actualité de la tragédie, dans notre monde, montre l’incompétence des hommes à apprendre de leur histoire. Le théâtre shakespearien est un éternel miroir du monde…
Agnès Santi


Roméo et Juliette de William Shakespeare, adaptation et traduction Benoîte et Pauline Bureau, mise en scène Pauline Bureau, du 24 avril au 25 mai du mardi au samedi à 20H30, jeudi à 19H30, dimanche à 16H, au théâtre de la Tempête, Cartoucherie. Tél : 01 43 28 36 36. 

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