La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Scènes de la vie conjugale

Scènes de la vie conjugale - Critique sortie Théâtre Nogent-sur-Marne Scène Watteau
© La Nouvelle Compagnie La vie conjugale sous la loupe de Nicolas Liautard.

Scène Watteau / L’apostrophe / d’après Ingmar Bergman / mes Nicolas Liautard

Publié le 21 novembre 2014 - N° 227

Dans le prolongement de Il faut toujours terminer qu’est-ce qu’on a commencé*, Nicolas Liautard propose une mise en scène saisissante de vérité à partir du téléfilm bergmanien. Le mentir-vrai du théâtre y fait la preuve de sa force subjuguante !  

De l’écran du masque social à la complexe réalité de la vie de couple : Ingmar Bergman a analysé avec une maestria confondante les aléas de l’amour et Nicolas Liautard fait de la scène de théâtre le lieu impressionnant et touchant de cette autopsie de l’amour, si humain et si imparfait. Cette réussite doit beaucoup à une sorte de naturalisme aiguisé, condensé, radical, débarrassé de tout superflu et de toute insignifiance, comme une mise à nu qui s’aventure sans détour jusqu’au terrain de l’intime et du désir, et fait surgir la vie même dans toute sa densité, son intensité et ses contradictions. C’est sur les six épisodes destinés à la télévision (1973), écrits en trois mois et tournés dans des décors rudimentaires, – Innocence et panique, L’art de cacher la poussière sous le tapis, Paula, La vallée des larmes, Les analphabètes et En pleine nuit dans une maison obscure quelque part sur terre -, que Nicolas Liautard fonde sa mise en scène, caractérisée aussi par une simplicité dépouillée, une absence de sophistication, de contextualisation et de temporalité, si ce n’est celle de notre époque. Il réduit au minimum l’artifice théâtral, tout en affirmant dans la pièce même la dimension de recherche artistique du théâtre, une dimension concrète et artisanale liée à la quête tenace de la forme et du jeu justes, et ce parti pris inscrit le jeu à un endroit approprié rassemblant acteurs et spectateurs.

Sincérité totale

Sur le plateau, à travers une suite de séquences saisissantes traversant vingt ans d’existence, la pièce révèle avec une vérité sidérante les imprévisibles méandres de la vie conjugale de Johan, enseignant à l’Institut psychotechnique, et Marianne, avocate spécialisée en droit de la famille, parents de deux filles. Au-delà du miroir, l’œuvre met à jour toute l’amplitude et la puissance des sentiments et des désirs, toute la fragilité et la force des personnes, tous les écarts et toutes les bagarres entre soi et projections de soi. En ouverture les deux couples d’amis – Johan et Marianne, sereins, Katherine et Peter, explosifs – regardent  un reportage aussi gentil qu’un Disney, qui célèbre le bonheur conjugal de Johan et Marianne. Ce bonheur bientôt vole en éclats, lorsque brutalement Johan annonce qu’il part avec la jeune Paula. Epurée, ciselée, la forme s’appuie sur le remarquable jeu des acteurs, profondément engagés, sur une langue de l’ici et maintenant, en partie improvisée, sur une sincérité totale. Fabrice Pierre (Johan) et Anne Cantineau (Marianne) sont impressionnants. Inutile de dire que l’implacable et bouleversant sentiment de vérité qui se dégage de ce jeu théâtral sans distance, sans surplomb aucun, facilite les processus d’identification en tous genres. « Si tu me fais ça, je te tue », murmure une spectatrice à l’oreille de son voisin. Bien au-delà de l’anecdote, le théâtre se révèle ici dans son incroyable pouvoir de questionnement et de proximité, par le talent conjugué du metteur en scène et des comédiens.

Agnès Santi

*Lire notre critique dans le n° 217 de La Terrasse

A propos de l'événement

Scènes de la vie conjugale
du Samedi 15 novembre 2014 au Mercredi 28 janvier 2015
Scène Watteau
Nogent-sur-Marne, France.

Scène Watteau, place du Théâtre, 94 Nogent-sur-Marne. Jusqu'au 26 novembre, relâche les 16 et 23. Tél : 01 48 72 94 94. L'apostrophe, Théâtre des Arts, 95 Cergy. Les 6 et 7 janvier à 20h30, le 8 à 19h30. Tél : 01 34 20 14 14. Salle Jacques Brel à Gonesse, le 28 janvier à 20h. Spectacle vu à la Scène Watteau à Nogent-sur-Marne. Durée : 4 h avec entracte.


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