La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Festival

Robert Cantarella

Robert Cantarella - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 juin 2007

Hippolyte : L’art du montage plutôt que la psychologie de la démonstration
Soucieux de « reproduire sur scène l’intuition de la vie », Robert Cantarella ouvre une boîte de théâtre au sein de laquelle des comédiens jouent à dire Hippolyte, aujourd’hui. Une boîte blanche plaçant côte à côte spectateurs et interprètes pour ce que le metteur en scène envisage comme « un prélèvement de 70 minutes dans la pièce de Robert Garnier ».

Vous avez choisi de mettre en scène Hippolyte de Robert Garnier plutôt que Phèdre de Racine. Quelles sont, selon vous, les différences essentielles entre ces deux versions du mythe de Phèdre, notamment en ce qui concerne la notion de désir ?

Robert Cantarella : Robert Garnier a écrit Hippolyte en 1573, c’est-à-dire plus d’un siècle avant que Racine n’écrive Phèdre. Il s’agit d’un texte beaucoup plus cru, qui fait sans arrêt référence au corps, aux organes, à la sensualité, à l’animalité d’êtres appartenant à une société sans doute plus proche de l’état de nature que celle de la fin du XVIIème siècle. C’est là, dans cette façon d’exprimer les désirs et les appels du corps de manière très directe, très explicite, que réside la principale différence entre ces deux pièces.

Pour être crue, Hippolyte n’en est pas moins une pièce raffinée, « un mélange de barbarie et de préciosité »*, comme l’a écrit Antoine Vitez…

R. C. : C’est vrai. La langue de Robert Garnier est à la fois crue et précieuse, très ouvragée, quasiment moyenâgeuse d’une certaine façon. Une forme de barbarie en ressort par éclats, de manière extrêmement fine et presque étrange, à travers l’affrontement des mots et l’affrontement des corps qui se jouent l’un et l’autre tout au long de la pièce.

« La langue de Robert Garnier est à la fois crue et précieuse, très ouvragée. »

La représentation que vous avez élaborée ne dure qu’une heure et dix minutes. Qu’est-ce qui vous a guidé dans votre volonté de procéder à de si nombreuses coupes ?

R. C. : Nous nous sommes dit, les comédiens et moi, que ce texte devait à tout prix nous appartenir, aujourd’hui. Notre projet n’était donc pas de faire de l’archéologie théâtrale, mais bien de jouer à dire Hippolyte, maintenant, avec des corps de 2007, dans des vêtements quotidiens qui peuvent varier d’une représentation à l’autre, à l’intérieur d’un espace blanc au sein duquel les interprètes circulent parmi le public. Les acteurs ont tout d’abord appris l’intégralité de la partition puis, peu à peu, durant les répétitions, nous avons coupé, filtré, épuré, pour finalement aboutir à ce qui forme un prélèvement de 70 minutes dans la pièce de Robert Garnier. Nous avons ainsi atteint une grande immédiateté, une fulgurance qui va toujours chercher l’endroit brûlant du texte. Car je crois plus à l’art du montage qu’à la psychologie de la démonstration. J’essaie toujours d’investir la scène de façon à reproduire l’intuition de la vie. Les matières théâtrales mortes et sophistiquées m’ennuient. Ce que je cherche à faire naître sur un plateau, c’est le mouvement du réel, avec ses écarts, ses béances et ses incertitudes.

* Antoine Vitez, Le théâtre des idées, Gallimard, 1991, p. 530.

A propos de l'événement

Avignon 2007


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