La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Richard III

Richard III - Critique sortie Théâtre
Légende photo : Richard III, boucher des deux Roses.

Publié le 10 novembre 2009

Sylvain Maurice propose un Richard III d’une intelligence scénique et dramaturgique formidablement aboutie. Avec des comédiens remarquables de talent et de justesse. A voir !

S’il est au théâtre des monstres parfaits et résolument haïssables, le diabolique Richard est leur maître à tous. Crapaud machiavélique gluant, retors et bossu, pied-bot né l’infirmité en avant, surgi de sa matrice maudite avec toutes ses dents, comme pour mieux rugir et mieux déchirer, le fléau de l’Angleterre, assassin et honte de sa caste, quintessence de la jubilation à nuire, est une des figures les plus noires de l’œuvre de Shakespeare. S’il est une erreur à commettre en l’incarnant, c’est justement de le montrer tel, affadissant immédiatement la complexité de ce personnage. Le premier écueil qu’évite Sylvain Maurice est justement de se garder de cette évidence facile. Son Richard (le magnifique Jean-Baptiste Verquin qui fait ici montre d’un redoutable et prometteur talent) claudique à peine, est d’une drôlerie pétillante, séducteur et séduisant, touchant et émouvant. Comment admettre sinon que l’assassin des siens puisse enjôler Lady Anne, comment comprendre que la cour, pourtant habituée aux intrigants, se laisse prendre à ses pièges sophistiques, comment expliquer qu’un enfant ose jouer avec la dague de son futur meurtrier, si le diable n’avançait pas masqué et si son masque n’était justement pas le visage tentateur de la bonté et de l’amour ? La rencontre entre Richard et Anne, si difficile à mettre en scène et à jouer, est à cet égard parfaitement réussie. Tout en tensions érotiques, presque tauromachique, elle montre que Sylvain Maurice a exploré avec minutie les arcanes terribles de l’âme de Richard qui n’aime le pouvoir que par dépit amoureux.
 
Un spectacle parfait
 
« Scélérat » parce que rejeté du sein maternel mordu, avide de sang puisque jamais repu du lait de l’amour, Richard comprend bientôt qu’il est seul au milieu des cadavres et sa profondeur tragique apparaît à la fin de la pièce en une scène génialement efficace qui utilise le dispositif scénographique avec brio. Celui-ci, composé d’un anneau tournant autour d’un disque lui aussi mobile, des panneaux en mouvement complétant le dispositif, permet à Sylvain Maurice de résoudre très habilement la question de la multiplication des lieux évoqués. Tour de Londres, chemin de croix de la veuve éplorée, corridors des manigances, salle du conseil royal ou champ effréné de la bataille, le décor offre les conditions d’une parfaite fluidité de l’intrigue et d’un suspense haletant face à la course implacable du méchant, volant de crimes en crimes comme un gerfaut carnassier et fascinant. Tous les comédiens réunis par Sylvain Maurice font preuve d’une force, d’une justesse, d’une précision et d’un talent peu communs. La distribution mesure ses effets et ses voix avec une remarquable assurance et tout s’équilibre idéalement de la comédie et de la tragédie, du rire et de l’effroi, de l’empathie et de l’horreur. Sylvain Maurice et les siens réussissent ici un spectacle parfait.
 
Catherine Robert


Richard III, de William Shakespeare, mise en scène de Sylvain Maurice. Du 5 au 7 novembre 2009. Jeudi à 19h30 ; vendredi et samedi à 20h30. Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN, Place Jacques-Brel, BP 93, 78505 Sartrouville cedex. Renseignements et réservations au 01 30 86 77 79. Du 12 au 22 novembre. Du lundi au samedi à 20h30 sauf le jeudi à 19h30 ; le dimanche à 17h. Théâtre La Piscine, Scène Conventionnée de Châtenay-Malabry, 254, avenue de la Division Leclerc, 92290 Chatenay-Malabry. Réservations au 01 46 66 02 74. Du 25 au 27 novembre. Mercredi à 19h30 ; jeudi et vendredi à 20h30. Le Festin – CDN de Montluçon – Région Auvergne, Espace Boris-Vian, 27, rue des Faucheroux, 03100 Montluçon. Réservations au 04 70 03 86 18. Puis le 4 décembre à 20h30 au Théâtre de la Coupole – Saint-Louis ; le 12 janvier 2010 à 20h30 à La Passerelle – Scène Nationale de Saint-Brieuc et le 14 janvier à 20h30 au Carré Magique – Scène Conventionnée de Lannion-Trégor.

Ce spectacle a été vu au CDN de Besançon.

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