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Avignon - Entretien / Katie Mitchell

De Meiden / Les Bonnes

De Meiden / Les Bonnes - Critique sortie Avignon / 2017 Vedène Festival d’Avignon. L’autre scène du Grand Avignon - Vedène
Crédit : Jan Versweyveld Légende : La metteure en scène britannique Katie Mitchell.

L’Autre Scène du Grand Avignon - Vedène / de Jean Genet / mes Katie Mitchell

Publié le 25 juin 2017 - N° 256

Créée en décembre dernier aux Pays-Bas, la mise en scène des Bonnes, de Jean Genet, signée par la Britannique Katie Mitchell avec le Toneelgroep Amsterdam, est reprise dans la Salle de Vedène. Une proposition qui pose la question de l’exploitation et de la discrimination économiques.

Quels sont les aspects des Bonnes qui vous ont décidée à mettre en scène, aujourd’hui, cette pièce ?

Katie Mitchell : Les Bonnes est une pièce sur le pouvoir, sur la question du genre et sur la représentation. Je me sens très proche des deux premières thématiques, qui sont profondément politiques. Nous sommes à un moment de notre histoire très particulier où la haine raciale et l’intolérance prennent de l’ampleur à travers le monde. La plupart du temps, cette haine est dirigée contre les immigrants qui rejoignent nos sociétés et contre ceux qui vivent dans nos villes. C’est la raison pour laquelle j’ai eu envie de mettre en scène cette pièce de Genet. Parce qu’elle parle de cela de façon extrêmement forte.

Comment vous en êtes-vous emparée ?

K. M. : Dans Les Bonnes, deux domestiques sont asservies par leur employeuse, personnage appelé Madame. Ces bonnes ressemblent aux travailleuses et travailleurs étrangers qui, aujourd’hui, font le ménage et gardent les enfants pour de nombreuses familles de la classe moyenne européenne. En Grande-Bretagne, par exemple, ce sont les personnes venant de Pologne et plus généralement d’Europe de l’Est qui occupent ces emplois. J’ai transposé la pièce de Genet à notre époque afin de parler de ces travailleurs domestiques du XXIème siècle.

« J’ai transposé la pièce de Genet à notre époque afin de parler de ces travailleurs domestiques du XXIème siècle. »

Pourquoi avoir choisi de confier le rôle de Madame à un homme ?

K. M. : Parce que l’autre sujet fondamental de la pièce est, pour moi, le thème du genre, que j’ai tenu à explorer de façon différente. J’ai donc décidé de faire de Madame un travesti. Ce qui permet d’examiner de quelles façons les représentations de la féminité sont construites par les hommes et, ensuite, de quelles façons ces constructions sont reprises par les femmes. Plutôt que de raconter l’histoire d’une femme qui asservit d’autres femmes, j’ai préféré adapter la question du genre à notre réalité contemporaine. Nous vivons dans une société patriarcale au sein de laquelle la principale oppression, si l’on parle d’économie, est générée par les hommes au détriment des femmes. Nous savons en effet tous qu’à travail égal, de manière systématique, les femmes sont moins payées que les hommes.

La question féministe fait partie intégrante de votre travail…

K. M. : Je trouve très intéressant de créer des spectacles qui éclairent les perceptions des femmes, leurs expériences, leurs idées. Cela, en croisant ces perspectives avec des univers politiques forts. Car comme beaucoup d’artistes, je cherche des sujets et des pièces qui révèlent les grandes problématiques auxquelles notre époque doit faire face.

 

Entretien réalisé et traduit de l’anglais par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

De Meiden / Les Bonnes
du Dimanche 16 juillet 2017 au Vendredi 21 juillet 2017
Festival d’Avignon. L’autre scène du Grand Avignon - Vedène
84270 Vedène, France

à 15h sauf le 17 à 22h, relâche le 19. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 1h45.


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